Lamissia Adolarc : «L’objectif était de m’écraser, de m’affecter physiquement et moralement »

Le correspondant du quotidien Le Jour dans le Grand-Nord s’exprime sur les évènements qui ont conduit à sa détention le 30 Mars 2011 par les services régionaux de la DGRE de l’Adamaoua jusqu’à sa libération de la prison centrale de Ngaoundéré le 5 Avril 2011.

Entretien mené par ERIC NGUELE

Quel est le sujet qui vous a conduit à la DGRE-Adamaoua ?

Ce qui m’a amené à la DGRE, c’est le recoupement d’une information selon laquelle, la DGRE avait accusé l’entreprise PAMOL de vouloir monter une rébellion armée en recrutant des jeunes gens dont l’âge varie entre 17 et 27 ans dans les régions septentrionales. Ces jeunes au nombre de 150 ont été interpelés à la gare voyageur de Ngaoundéré en partance pour le Sud-Ouest. En fait, j’ai demandé à la sentinelle si je pouvais rencontrer le patron du poste de liaison. Si cela avait été une violation, la sentinelle de garde ne m’aurait pas laissé traverser la barrière. Il m’a annoncé au chef du poste de liaison qui lui a donné l’autorisation de me laisser entrer. Donc, je crois que mon incursion à la DGRE n’était pas sans fondement, ni illégale.

Racontez-nous un peu le film de votre interpellation.

Une fois à la DGRE, j’ai rencontré le chef du poste de liaison. Nous avons discuté une bonne dizaine de minutes. Je lui ai dit l’objet de ma visite, à savoir recouper l’information dont je viens de vous donner la teneur. Immédiatement, il m’a dit que si cela s’était avéré vrai, il ne me dirait point et de même, si cela était faux. Il m’a dit qu’il ne souhaiterait plus qu’à l’avenir je vienne dans ses services. Au moment de partir, il a passé un coup de fil et il s’avère que c’était au Gouverneur de l’Adamaoua, qui lui a demandé de me retenir dans ses services jusqu’à son arrivée. C’est de là qu’est partie mon interpellation. Toute la journée du mercredi 30 Mars, le gouverneur n’est jamais passé à la DGRE et les menaces ont commencé du genre « on va vous montrer qui nous sommes », «si on voit quelque chose concernant la DGRE, vous êtes mort », « on va finir avec vous », « on va vous écraser », voilà autant de choses que les enquêteurs et le chef de poste disaient à mon encontre. L’objectif de tout ce cinéma est qu’ils voulaient savoir le nom de mon informateur.

Savez-vous finalement aujourd’hui pour quels motifs vous avez été écroués ?

Après avoir passé 24 heures à la DGRE, j’ai été écroué jeudi 31 Mars à la prison centrale de Ngaoundéré. Ce jour vers 15 heures, le chef de poste ne m’a rien informé, il m’a juste dit que le Gouverneur avait besoin de moi. Lorsque, je suis entré dans le véhicule en me faisant accompagner d’un agent de la DGRE, c’est à ce moment qu’on m’a présenté un document parlant d’une garde à vue administrative. Dans ce papier, il était écrit : incursion dans les locaux de la DGRE sans autorisation, trouble à l’ordre public et propagation de fausses nouvelles. Je ne sais pas de quelle propagation, trouble à l’ordre public dont on m’accuse.

Quels sont les conditions de détention à la prison centrale de Ngaoundéré ?

Le Gouverneur aurait laissé des instructions fermes à savoir : pas de visites, communiquer avec personne, donc isolé, et que je n’aie pas droit à la ration pénale durant les jours que j’allais passer là. L’objectif était de m’écraser, de m’affecter physiquement et moralement et je devais être gardé dans la cellule où résidaient des bandits de grands chemins, des coupeurs de routes. J’ai craint pour ma vie mais j’avais foi et j’avais le moral très haut. Je me suis dit, cela fait partie de mon travail alors je n’ai pas douté un seul instant. J’ai tenu sans visite, sans ration, sans quoi que ce soit pendant 5 jours.

Avez-vous été victime de sévices corporels ?

J’ai été torturé psychologiquement à travers des injures, des menaces de morts. Les gardiens de prison venaient me menacer, un autre a même pris un plaisir inouï à me frapper au bras avec un gourdin, vous pouvez vous rendre compte qu’il est enflé (Ndlr montrant son bras à votre reporter). Il me fait énormément mal. Je suis entrain de suivre un traitement à propos. Sur instructions passées par le Gouverneur, disaient les gardiens de prison, il fallait que les détenus frappent sur moi et m’agressent. Dieu merci, les détenus n’ont pas voulu le faire, demandant aux gardiens de venir le faire eux-mêmes.

Il nous est parvenu que c’est l’intervention du Vice-premier ministre de la justice qui aurait accéléré votre libération. Confirmez-vous ?

Le ministre de la justice envoie un fax ordonnant ma libération immédiate et sans condition lundi 4 Avril. C’est d’ailleurs lorsque le fax est arrivé que j’ai reçu ma première visite. C’était celle de mon épouse, puis est venu un ami et des confrères. J’ai alors eu à manger et on me fait même changer de cellule. Je sors de la cellule F, une sorte de chambre de 12 mètres sur 5 dans laquelle nous étions 126 détenus, pour la cellule-fonctionnaire qui elle a 4 mètres sur 2 dans laquelle nous étions 12 détenus.

On vient de vous voir en compagnie du gouverneur au sortir d’une cérémonie à la communauté urbaine, est-ce la réconciliation, 48 heures passées après votre libération ?

Je ne sais pas s’il faut parler de réconciliation, je ne sais pas s’il faut lui pardonner. Mais, je sais une chose : je ne cesserai jamais de faire mon travail. Ce n’est pas un défi mais c’est comme cela. Si j’ai une information, où qu’elle se trouve j’irai la recouper. Je ne sais pas s’il aurait fallu que j’écrive cet article chez-moi pour qu’on dise que les journalistes ne vérifient pas leurs informations. J’ai cherché à rencontrer le gouverneur qui m’a orienté vers son secrétaire général. Ce dernier m’a informé qu’il n’est pas au courant. J’appelle mon informateur, j’appelle les responsables de l’entreprise PAMOL qui me disent qu’ils sont retenus à la Dgre. Que fallait-il faire ? Me croiser les bras et plier devant le mythe créé autour de la DGRE ? Niet ! Je n’ai fait que mon travail de reporter, celui de recouper l’information et de la vérifier à la source. Si l’on n’a cru me briser ainsi, qu’on sache que je suis plus fort que jamais.

 

 

 

 

 

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