Adamaoua : Des enseignants en cours d’intégration désertent les salles de classe

Ils accusent le gouvernement de ne rien faire pour assurer leur prise en charge. Le phénomène qui pèse lourd sur l’éducation locale a été déploré par le secrétaire d’Etat auprès du ministre des enseignements secondaires au cours de sa visite de travail dans le département du Mbéré.

Par Salomon KANKILI

Le Mbéré : un véritable ghetto éducatif

Collège d’Enseignement Secondaire -CES- de Garga-Limbona, CES de Ngunbéla, Lycée de Dir, Lycée de Lokoti… Partout où il est passé, Mounouna Foutsou a pu palper les dérives de la chose éducative dans le Mbéré. Tellement elles sont plurielles : absentéisme du personnel enseignants notamment ceux en cour d’intégration dans la fonction publique, les faibles taux réussite, un taux élevé de déperditions scolaire, etc. Une source crédible indique d’ailleurs pour enfoncer le clou que « la situation est grave dans les villages. D’un côté les parents d’élèves refusent catégoriquement d’amener leurs enfants à l’école ; chose que les chefs traditionnels ne condamnent pas ou ne font pas assez. De l’autre côté le gouvernement s’évertue à créer des établissements comme des champignons sans régler la question de la prise en charge des enseignants qu’ils envoient ». Ce dernier croit dur comme fer que « J’ai discuté avec quelques-uns des Eci (…) c’est la misère et la précarité qui font fuir ces enseignants de leur poste d’affectation. Il faut régler la question de la prise en charge surtout des enseignants en cours d’intégration dans la fonction publique ».

Selon un rapport du délégué régional du Minsec pour l’Adamaoua, plus de 50% des nouveaux enseignants et conseillers d’orientations affectés dans l’Adamoua au cours de l’année scolaire en cours n’ont pas encore rejoint leur lieu d’affection. Le même rapport révèle néanmoins que quelques uns de ces enseignent ont « récemment fait acte de présence » avant de s’évanouir dans la nature. Au Lycée de Dir -établissement vieux de 44 ans mais qui affiche l’allure d’un Ces, sur les 12 Enseignants en cours d’intégration (Eci) affectés seulement 1 seul est en poste. Ce dernier, un enseignent de français y a précédemment donné des cours de vacation. Notons que le Lycée de Dir ne dispose que de 3 enseignants permanents. Autant « il y a pas de niveau Terminale parce que ça ne sert à rien d’en créer alors que l’établissement ne dispose pas d’un enseignant de philosophie », fait savoir un enseignant.

La situation n’est pas moins critique au Lycée de Lokoti où à peine 3 Eci dans la fonction publique sont en poste. Au Lycée de Meiganga 4 sur les 24 affectés était effectivement présents lors du passage du secrétaire d’état auprès du Minsec. Mounouna Foutsou a aussi relevé dans les 8 établissements visités des taux de déperdition scolaire élevés. Au Lycée classique et moderne de Meiganga par exemple, 1 723 élèves était régulièrement inscrits (ou présents) au mois de septembre 2010. Au 4 mai il n’en reste plus que 1 527. Certains élèves (et commerçants à la fois) désertent les salles de classes le jour du marché ou pendant la grande saison agricole. Un état de chose qui contribue à enraciner davantage la sous-scolarisation dans l’Adamoua. « L’Adamaoua est une zone d’éducation prioritaire et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons choisi en ce début du troisième trimestre ou ce milieu du troisième trimestre de visiter cette Région pour visiter et galvaniser les différents acteurs que sont les élèves, les enseignants et la communauté éducative pour que cette zone d’éducation prioritaire puisse progresser et améliorer ses résultats », a déclaré à cet effet Mounouna Foutsou. Et de prescrire : « les responsables doivent s’évertuer à envoyer les enfants à l’école et à les maintenir à l’école pour qu’ils soient diplômés et pour qu’ils puissent bénéficier des facilités que le chef de l’Etat nous accorde ».

Des chefs d’établissement scolaire dans l’œil du cyclone

A l’initiative de Mounouna Foutsou, la salle des réunions du centre de promotion de la femme et de la famille a servi de cadre à une séance de travail pour le moins à tête chercheuse. C’était le 4 mai dernier en apothéose à la visite de travail du Secrétaire d’Etat au Minsec dans le Mbéré. Y ont prit part, outre les responsables régionaux et départementaux des services déconcentrés du Minsec dans le Mbéré, le préfet du Mbéré et le Secretaire général des services du gouverneur de l’Adamaoua.

Selon Emile Mendoua Mfoulou, cela ne fait pas l’ombre d’un doute « les enseignants en cours d’intégration désertent les salles de classe avec la complicité de leurs chefs d’établissement qui reçoivent en retour des pots- de- vin». Le préfet du Mbéré dit avoir toute les preuves de ses déclarations, même qu’il a « déjà eu à blâmer quelques uns de ces chefs d’établissements irresponsables qui tuent notre système éducatif ». Cette affirmation a suscité un véritable tollé général dans la salle. Les propos du délégué régional du Minsec au cours du « déballage » cuisant de Meignanga concordent. « Lorsque j’ai reçu à mon bureau certains de ces enseignants en cours d’intégration, ils m’ont tous dit que leurs proviseurs respectifs leur avait demandé de partir, que l’année scolaire était déjà terminée et de ne revenir qu’à le rentrée prochaine », a laissé entendre Jean Fakwami.

Le SG des services du gouverneur rentré dans tous ses états a promis de sanctionner « sans état » d’âme les chefs d’établissement qui « s’évertuent à se moquer du gouvernement et à fouler au sol l’éducation nationale ». Transmission tardive des pièces périodiques, difficultés pour les chefs d’établissement à remonter l’information vers la hiérarchie régionale, un nombre non- négligeable d’établissements scolaires créés qui attendent leur démarrage, besoin criard en équipements, infrastructures scolaires et sportives,… l’éducation dans l’Adamaoua est en panne.

 

 

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