Risque zéro de famine dans le Grand-Nord

La disponibilité des stocks de céréales sur les marchés et dans les réserves de l’office céréalier, les nouvelles récoltes et les importations commerciales permettent de faire face au déficit alimentaire dans les régions septentrionales, ceci même dans les zones les plus enclavées.

Par Naser Ben-Aziz

La hausse des prix constatée depuis le mois de mai sur les marchés céréaliers du Grand-Nord n’est purement et simplement l’œuvre des spéculateurs selon l’office céréalier, organisme étatique chargé de veiller à la sécurité alimentaire des trois régions septentrionales du pays. Si les récoltes céréalières de la saison écoulée ont été très modestes, elles se sont avérées suffisantes estime l’Office céréalier de Garoua. La production du maïs a même été très bonne dans certaines localités comme dans le Mayo-Tsanaga en 2010 et où la tendance s’est poursuivie cette année à tel point que le sac de maïs à Mokolo coûte 16 000 Fcfa soit environs 36 dollars américains en cette période de soudure, le même prix que l’office céréalier aurait fixé dans cette localité.

Pour le directeur de la sécurité alimentaire à l’Office céréalier de Garoua, il y a de grandes quantités de céréales disponibles sur les marchés du Grand-Nord. Dans la région de l’Extrême- Nord, les ventes de céréales au niveau des magasins de l’office sont très timides à cause d’important stocks de céréales au niveau des opérateurs économiques. « Nous nous sommes dit que si nous allons dans cette localité (Maroua : Ndlr) ça veut dire que nous amenons plus de nourriture plus qu’il n’en faut », explique Lazare Iloga de l’office céréalier. La disette ou la famine transitoire au cours de cette période de soudure ne toucherais probablement que les zones enclavées du département du Mayo-Danay et peut être du Mayo-Kani si elle se révélait. Même le Logone et Chari, où le prix d’un sac coûte les yeux de la tête en cette période a été épargné.

Stabilité

Si les marchés sont assez bien approvisionnés par les opérateurs du secteur privé, il faut également noté que plusieurs autrers facteurs tendent à la stabilité du marché des céréales telles que le mil, le sorgho, le riz et le paddy. Le prix de ces denrées a chuté, excepté le maïs dont la demande est forte à cause des consommateurs industriels que sont les fermes avicoles, provenderies, producteur de Grits (Maiscam). La disponibilité du maïs en provenance du Nigeria sur le marché de Garoua dont le kilogramme est vendu à 165 Fcfa tout comme les 37.000 tonnes écoulés par l’office céréalier sur les marchés du Septentrion vont sans doute renforcer les stocks et freiner la hausse des prix sur les marchés. « Dans quelques semaines les récoltes de maïs frais, de sorgho rouge, de patate douce, de manioc, d’arachide et d’igname vont inonder les marchés et la calorie céréales sera chère pour les consommateurs qui vont la substituer partiellement par ces nouveaux produits dont les prix seront relativement bas », espère le directeur de la sécurité alimentaire à l’office céréalier de Garoua, Lazare Iloga.

En effet, pour juguler les crises céréalières, l’office céréalier dispose d’une capacité de réserve estimée à 50.000 tonnes pour les 03 régions et des points de vente dans les régions du Centre (Yaoundé), de l’Adamaoua (Meiganga et Ngaoundéré), du Nord (Garoua) et surtout à l’Extrême-Nord (Kousséri, Mora, Maroua, Guirvidig, Bogo, Moutourwa, Yagoua, Doukoula, Dziguilao et Kaélé. En dehors de Yaoundé, les ventes de céréales se font sur présentation de la carte nationale d’identité à raison d’un sac par famille et par mois. Ces mesures visent à limiter l’achat desdits produits par les commerçant pour les revendre plus cher et pour limiter la fraude. « Des gens sont allés fabriquer des bons, les mêmes bons de sortie que les nôtres. Ils sont allés directement vers le magasin en imitant des signatures. Ils y mettaient le cachet « payé comptant ». On a arrêté 2 personnes que nous avons déféré à la PJ », raconte Iloga.

 

Interview

Lazare Iloga, directeur de la sécurité alimentaire de l’Office céréalier, Garoua

Propos recueillis par Naser Ben-Aziz

Y a-t-il des risques de famine cette année dans le Septentrion ?

L’année 2011 est une année qui a connue un recul de la production. Mais, elle est quand même suffisante pour couvrir les besoins de la population dans les 03 régions septentrionales.

Y a-t-il une raison de s’inquiéter ?

Il y a chaque année une période que nous appelons période de soudure qui commence dans certaines localités au mois d’avril. Là où le « mouskwari » (une variété de mil) n’est pas produit, il faut savoir repiquer les céréales de contre saison. Cette période de soudure se termine en fin septembre lorsque les premières récoltes de sorgho des saisons de pluies commencent à venir sur le marché. Pendant cette période également, les prix ont tendance à augmenter et les quantités ont tendance à diminuer sur les marchés. Mais dans les zones où le « mouskwari » est produit, cette baisse de disponibilité commence généralement au mois de juillet et se termine à la mi-septembre. Donc pour cette année dans la partie septentrionale, on n’a connu des problèmes parce qu’il y a eu des difficultés d’approvisionnement dans le Grand-Sud, au niveau des consommateurs industriels en particulier les provenderies, les fermes d’élevage et cela a entraîner un mouvement d’achat des céréales dans la partie septentrionale pour combler le déficit dans la partie méridionale. C’est ce qui a affolé les populations.

Est-ce ce qui explique la hausse des prix des denrées ?

Vous savez que lorsqu’une chose comme ça arrive, les commerçants ont tendance à créer la rétention de stock dans leur magasin pour la rareté et augmenter les prix sur les marchés. On a commencé à voir cela au mois de juillet mais on se rendait compte que dans les magasins des commerçants il y avait suffisamment de stock. A l’Extrême-Nord par contre, le Logone et Chari qui est pratiquement notre thermomètre, c’est cette localité qui nous permet de savoir si effectivement il y a une demande forte ou pas, s’il y a une baisse de la production ou pas, il y a une augmentation de prix ou pas. On a constaté que dans le Logone et Chari et surtout à Kousseri, il n’y avait pas cet affolement pour deux raisons. La première raison c’est que le Programme Alimentaire Mondial (PAM), dans le cadre de l’aide aux gens, a distribué d’avril à juillet près de 13.000 tonnes de vivre gratuitement aux populations. Il se peut également que, de l’autre côté, au niveau du Tchad, cette distribution a due avoir lieu parce que le Tchad à d’habitude vient au niveau des marchés camerounais pour acheter et ça crée la rareté. On n’a pas noté valablement ce mouvement. On s’est rendu plutôt compte que les prix augmentaient c’est vrai, mais cette hausse était graduelle, était normale parce que plus la saison augmente, plus les quantités diminuent et plus les prix ont tendance à augmenter. Cette augmentation a été légère. Par contre, dans les autres départements comme le département du Mayo-Kani, on s’est rendu compte qu’il y avait des grandes quantités de disponibilité sur le marché en particulier dans la zone de Moutourwa. Je crois qu’il y a trois semaines ou quatre, il y avait 1.000 sacs de « mouskwari » sur le marché. Et les départements ou les localités où on a tendance à observer les points des prix sont par exemple Doukoula. En 2001, le sac de sorgho a atteint pratiquement 56.000 Fcfa dans cette localité. Aujourd’hui les prix tournent entre 20 000 et 22 000 Fcfa. Ça veut dire il y a en hausse par rapport à la récolte, mais cette hausse est tout à fait modéré.

Quelle est l’action de l’office céréalier pour réguler cette situation ?

L’action de l’office céréalier maintenant c’est d’apporter aux populations les denrées alimentaires à des prix abordables. Ici à Garoua par exemple, nous avons décidé que les populations, chaque famille, peut venir acheter un sac de maïs à l’office céréalier pour à peu près un mois. Si nous prenons à peu près 400 g ou 500g par personne par jour et pour 30 jours, une famille de 5 personnes peut valablement couvrir tout le mois. Mais compte tenu du fait qu’il y avait une hausse des prix dans le Grand-Sud et particulièrement à Yaoundé, des personnes venaient avec des dizaines de personnes qui étaient à leur compte à qui ils donnaient l’argent et ces gens se présentaient à l’office céréalier dans le but d’acheter un sac. Il achète un sac et dès qu’il le retire du magasin, il le redonne au commerçant. Ce qui donnait l’impression qu’à la fin, on voyait des pousse-pousse qui allaient vers le marché et les gens avaient l’impression que l’office vendait déjà du maïs aux commerçants. Il n’en était pas question. C’est des commerçants qui ont leur stratégie. Comme nous vendons à tout Camerounais, nous ne pouvons pas distinguer. Nous vendons le sac à celui qui se présente, ça c’est vrai. C’est difficile de limiter cette action parce que celui qui va venir vers vous pour acheter vous ne pouvez pas savoir d’office s’il achète pour le commerçant ou pas. Nous avons continué à vendre et nous nous sommes dit que nous allons vendre de grande quantité pour que même si cette action est menée par les commerçants, les quantités que nous avons versées sur les marchés vont être suffisantes pour baisser les prix.

Quellle est votre capacité de stockage ?

Jusqu’à dimanche dernier (28 août 2011 : Ndlr) nous étions à 3.700 tonnes de vendu et il restait dans les magasins environ 3.700 tonnes. Nous pensons qu’avec ces 3 700 tonnes et avec la situation que nous connaissons à l’Extrême-Nord et avec déjà l’arachide frais, le maïs frais, la patate, l’igname et le manioc sur le marché, nous pensons que ça peut tenir pendant 5 à 6 mois, le temps que nous puisons encore nous lancer pour acheter au mois de novembre le nouveau maïs pour d’avantage renforcer le stock actuel.

 

Tableau de vente des céréales

Au 20 août 2011, les ventes de céréales de l’office céréalier se répartissent selon le tableau ci-après.

céréales Mais sorgho Total céréales
Localités quantité Valeur quantité valeur quantité valeur
Garoua 19136,5 287049000 3084 33401000 22220,5 320450000
Maroua 668 10688000 0 0 668 10688000
Mora 0 0 0 0 0 0
Mokolo 0 0 0 0 0 0
Kousseri 897,5 15708000 0 0 897 ,5 15708500
Kaelé 111 1753500 65,5 985000 176,5 2738500
Moulvoudaye 0 0 699 10921000 699 10921000
Moutourwa 0 0 47 793000 47 793000
Yagoua 48 768000 171 2736000 219 3504000
Doukoula 0 0 449 7633000 449 7633000
Dziguilao 0 0 783 12859000 783 12859000
Meiganga 2559 38396000 0 0 2559 38396000
Ngaounderé 3326 46564000 247 3952000 3573 50516000
Yaoundé 945 16065000 0 0 945 16065000
Total 27691 416992000 5545,5 73280000 33236,5 49027200

 

Réserve office céréalier au 20 août 2011

céréales Maïs Sorgho total
localités Quantité (en sacs) Quantité (en sacs) Quantité (en sacs)
Garoua 8222,5 5903 14125,5
Maroua 5357 11631 16988
Mora 0 0 0
Mokolo 0 0 0
kousseri 200 0 200
kaélé 979 952 1931
moulvoudaye 0 1125 1125
moutourwa 0 615 615
yagoua 291 431 722
doukoula 0 682 682
dziguilao 0 746 746
meiganga 0 0 0
ngaoundéré 0 0 250
yaoundé 0 0 0
Total     37384,5

 

 

 

 

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