De son vivant, le dirigeant libyen récemment assassiné à Syrte avait plus d’une fois manifesté sa sollicitude à l’égard du Cameroun et de son président.
Par Honoré Leclec
Parmi les nombreuses personnes choquées par l’assassinat du Guide de la Révolution libyenne Mouammar El Kadhafi le 20 octobre dernier, se trouvent à n’en point douter plusieurs Camerounais dont des ressortissants et résidents des régions du Nord et de l’Extrême-Nord du Cameroun. Pour ceux-ci en fait, le défunt dirigeant libyen est, au-delà de tout ce qu’on peut mettre de positif à son actif ou alors lui reprocher, un grand bienfaiteur, un homme au grand cœur. Ceci, en référence à l’important don -un cargo – de médicaments que Mouammar El Kadhafi avait envoyé dans le septentrion camerounais courant septembre 2010, pour palier à la carence de produits médicamenteux efficaces dans la lutte contre le choléra – une pandémie à l’époque – qui faisait des ravages au sein de la population dans plusieurs villes et villages des régions du Nord et de l’Extrême-Nord.
On se souvient que, le cargo affrété par la Libye à la demande de Mouammar El Kadhafi, sur lequel était bien lisible la mention « Libya fund for assistance and development », s’était posé sur le tarmac de l’aéroport international de Garoua lundi 6 septembre 2010 en début d’après-midi. Au bas de la passerelle ce jour-là, le chargé d’affaires de l’ambassade de la Libye au Cameroun, Lufti Alamin Mughrabi, qui avait fait le déplacement de la cité située sur la rive droite du fleuve Bénoué, pour la remise officielle de l’important don de médicaments (glucose, dextrose, ringer lactate, sodium, sodium chlorure, seringues, tubes de gavage, catheter G24 G20 G22, buthylhiocine, doxycycline, métronidazole cps 500mg, potassium chlorure inj 10ml, nass care non sterile, calcium hypochloride…) aux officiels camerounais: le secrétaire général de la région du Nord, le délégué régional de la Santé publique pour le Nord et leurs suites respectives.
De l’aéroport international de Garoua, cet important don octroyé par Mouammar El Kadhafi, avait été acheminé au Centre d’approvisionnement pharmaceutique régional du Nord (Capr Nord). A l’époque, une véritable bouffée d’oxygène pour ce centre qui, à en croire son directeur, le médecin Salihou Sadou, était débordé et n’avait plus assez de produits médicamenteux pour combattre l’épidémie de choléra qui sévissait dans le septentrion camerounais. Le secrétaire de la région du Nord avait d’ailleurs vivement remercié le Guide de la révolution libyenne en faisant sien l’adage populaire selon lequel « c’est pendant les moments difficiles qu’on reconnait les siens », comme pour dire que Moummar El Kadhafi a, par ce don, démontré qu’il porte en cœur le Cameroun. Le secrétaire d’Etat à la Santé publique, le Lamido Alim Hayatou, arrivé à Garoua le lendemain, mardi 7 septembre, ne tarira pas d’éloges Mouammar El Kadhafi, à la vue de cet important don.
Cinq dromadaires au chef de l’Etat camerounais
Avant le don de médicaments en faveur de la lutte contre la pandémie du choléra dans les régions septentrionales du Cameroun, le Guide de la Révolution libyenne avait, deux années avant, plus précisément en janvier 2008, fait un geste en direction du chef de l’Etat camerounais Paul Biya. Mouammar El Kadhafi avait, en effet, offert Cinq (5) dromadaires à celui qui vient de se faire réélire président de la République du Cameroun dans des conditions très discutables. Ces dromadaires – un mâle, deux femelles et deux petits – envoyés à Paul Biya par le leader de la Jamahiriya arabe libyenne étaient arrivés à l’aéroport international de Garoua à bord d’un cargo affrété par Mouammar El Kadhafi. La délégation de six personnes commise par le défunt président de la Libye était conduite par Moktar Al Agami, vice-président du Fonds libyen pour l’Assistance et le Développement en Afrique.
En guise de rappel, c’est en 1969 qu’à la faveur d’un coup d’Etat, Mouammar El Kadhafi, né le 19 juin 1942 à Qars Abou Hadi et militaire de son état, accède au pouvoir en Libye. Il renverse alors le régime monarchique de la dynastie Al-Sanussi qui régnait en Libye. Fervent militant du panarabisme et du panafricanisme, il était très adulé par les uns et détesté par les autres à travers la planète. C’est, à partir de février 2011 que son pouvoir, en place depuis 41 ans a commencé par être menacé par le développement d’une contestation, que la répression transforme rapidement en insurrection armée, puis en guerre civile. Après la prise de Tripoli la capitale par les rebelles et l’arrivée au pouvoir du Conseil national de transition (Cnt) avec la bénédiction de l’Otan et des grandes puissances dont la France surtout en août dernier, Mouammar El Kadhafi fuit la capitale. Il est tué le 20 octobre dernier, dans la région de Syrte.

