Le collège Islamique de Ngaoundéré en flammes

L’incendie qui a ravagé tout le bâtiment administratif et deux salles de classes serait parti du bureau de la principale de l’établissement.

Par Par Alain Ebel Olinga

C’est un vendredi sombre pour le corps administratif du collège privé islamique Cheik Hamdan Ben Rachid Al Maktoum de Ngaoundéré. « C’est de retour de la mosquée, tôt ce matin, que nous avons remarqué qu’un gros nuage de fumé couvrait le ciel. En avançant une peu plus loin, on s’est rendu compte que c’est le collège d’à côté qui était en feu », raconte Mouammar qui habite à environs 200 mètres du lieu de l’établissement. Avec l’aide des jeunes du quartier et quelques gardiens venus à la rescousse, les secouristes volontaires tentent de défoncer dans un premier temps les portes des bureaux encore non incendiés. « Les explosions des appareils à l’intérieur du bureau de la principale nous ont beaucoup effrayé et nous avons été obligé de nous replier un peu pour éviter qu’on se blesse » rajoute Mouammar. Incapables de joindre par téléphone la principale du collège, le gardien de l’établissement et quelques courageux sont obligés d’aller à sa recherche à son domicile.

Arrivés un peu plus tard, Haoua Adji, la principale du collège et quelques-uns de ses collaborateurs vont assister impuissants au spectacle donné par le feu. Les flammes, poussées par une force incroyable, dévorent tout le mobilier et le matériel de bureau du chef de l’établissement. En un laps de temps, les bureaux des autres collaborateurs s’embraseront également ainsi que les salles de classes de 2nde A et de 3eme II voisines du bâtiment administratif. « Le bilan est lourd. C’est tout le cerveau de l’établissement que nous venons de perdre. Toutes les machines, les archives, les carnets de notes, le matériel didactique, bref tout ce qui est important pour ce collège est parti en fumée. Heureusement pour nous que nous avons déjà déposé les dossiers des examens officiels des enfants », nous confie Haoua Adji, toute terrifiée devant son bâtiment en fumée. « Ã‡a fait mal du moment que nous avons travaillé dur pendant beaucoup d’années et d’un coup, en quelques minutes, tout part. Il faudra encore reconstituer tout à zéro. » rajoute-t-elle. Les agents de la sécurité incendies de la société Camrail arrivés sur le site de l’incendie, ne sont venus à bout du feu qu’après deux heures de combat contre les flammes. La cérémonie de remise des bulletins de notes a été renvoyée à une date ultérieure, le temps de reproduire les données du trimestre sauvegardées sur une clé USB. Jusqu’ici, l’origine de l’incendie est encore inconnue et personne n’ose se prononcer sur ce sujet même si dans l’entourage, l’hypothèse d’un règlement de compte n’est pas à exclure. « La principale est une dame méchante, elle ne se gêne pas à rabaisser publiquement ses collaborateurs et les parents d’élèves » lâchera sous cape un personnel de l’établissement.

Sinistres répétés

Ça brûle dans tous les sens!

En moins de deux mois, les habitants de la ville de Ngaoundéré ont enregistré des incendies causant des dégâts importants.

Le 6 novembre 2011 à Ngaoundéré, alors que les militants du Rdpc célébraient le 29ème anniversaire du parti des flammes, de longues colonnes de feu chapeautées d’un gros nuage de fumée assombrit la cérémonie. Une maison d’habitation, transformée en dépôt de carburant frelaté, vient d’être réduite en cendre au quartier Troua Malla. A l’origine du feu, Hassan, le propriétaire des lieux parle d’un défaut de connexion électrique. D’autres témoins accusent l’entreposage des fûts de carburant frelaté encore appelé « Zoua -Zoua ». 173 fûts et bidons de carburant sont découverts à l’arrière de l’habitation. Les habitants de la concession sont absents, partis commémorer la fête du mouton à Garoua. C’est grâce au camion citerne de la société Camrail, que le feu est circonscrit. Aucune perte en vie humaine, mais de nombreux dégâts matériels sont enregistrés. L’incendie apparemment causé par le carburant frelaté était le 3ème du genre en deux semaines dans la ville de Ngaoundéré.

32 jours après le sinistre de Troua Malla, c’est au tour des commerçants du petit marché de Ngaoundéré d’essuyer des sueurs froides causées pas un feu ardent qui embrase le populaire espace commercial. L’inoubliable jeudi noir des commerçants a commencé au soir du 8 décembre. Environs 200 boutiques partent en fumée, alors que les pertes s’évaluent à plusieurs millions de Fcfa. Selon des témoins, dans toute l’histoire du petit marché de Ngaoundéré, cet incendie serait celui qui aura enregistré le plus lourd bilan en terme de dégâts matériels.

Anarchie totale

Au cours des 3 années précédentes, l’origine des incendies enregistrés dans ce marché reste confuse. Alors que certains accusent la négligence des vendeurs de pattes de bœufs grillés, notamment après l’incendie de février 2010, d’autres pointent du doigt la construction anarchique des boutiques rendant exiguë le marché avec à la clé, des branchements électriques inappropriés. Pour ce qui est du dernier incendie en date, c’est l’explosion d’une bonbonne de gaz qui serait à l’origine de la catastrophe. Le petit marché de Ngaoundéré – paradoxalement l’un des plus importants – conserve une architecture archaïque, alliant bois et vieilles tôles qui servent de boutiques. De nombreux commerçants résistent aux faibles mesures de sécurité prises par les autorités administratives. Le déguerpissement programmé des locataires de certaines boutiques fait face à une difficile relocalisation et une insuffisante, voire inexistante indemnisation. Mais d’un incendie à un autre, les difficultés de combattre le feu sont énormes. En général et systématiquement, les premiers secours qui envisagent de circonscrire le feu dans les marchés se heurtent à un accès difficile. Impossible de faire face aux flammes malgré le déploiement des soldats du feu de la société Camrail, qui jusqu’ici, essaient tant bien que mal de combler le vide créé par l’absence d’une base de sapeurs-pompiers dans une ville aussi importante qu’est Ngaoundéré.

 

 

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