Prison centrale de Garoua : Les raisons de l’échec du projet de biogaz

La mauvaise réalisation des travaux financés est à l’origine du non-fonctionnement du projet.

Par Ernest Djonga

« Nous sommes satisfaits qu’aujourd’hui l’Union Européenne est en train de mettre en place des unités de biogaz dans des prisons », déclarait en décembre 2010 le chef du Centre régional de la recherche et de l’innovation pour le Nord. Ces propos enthousiastes de Célestin Klassou étaient alors motivés par l’annonce du début des travaux de réalisation d’un système de biogaz dans la prison centrale de Garoua financés par l’Union européenne: ces travaux devraient permettre l’abandon du traditionnel bois de chauffe, au profit de techniques de cuisson modernes et respectueuses de l’environnement

L’assainissement y gagnerait aussi compte tenu du stockage des matières fécales rejetées par les détenus et qui pendant plusieurs décennies coulaient le long du camp de la gendarmerie, passant derrière le domicile du chef d’agence Beac pour achever sa course sous le pont du quartier Camp Karro, dégageant une odeur pestilentielle.

En effet, l’exécution des travaux réalisés par l’entreprise Deluce basée à Yaoundé, suite à l’offre en procédure concurrentielle pour la réalisation du biogaz dans 08 prisons, financés par le 9ème fond européen de développement et pilotés par le programme d’amélioration des conditions de détention et respect des droits de l’homme Pacdet 2, serait un échec. Il était question de canaliser les déchets humains d’une part, et de les séparer du conduit d’eaux usées. Selon une source, le détergent contenu dans l’eau de lessive bloquerait le processus d’obtebtion du gaz. Des sources affirment que l’entreprise n’aurait posé qu’un seul conduit où à la fois toutes les eaux usées et les matières fécales suivent le même couloir et que le biodigesteur, installé à l’arrière de la prison, ne pouvant supporter la charge s’est fissuré. L’écoulement d’eau sur les parois a ainsi endommagé cet outil. Dans le même contrat, il était question de construire quatre foyers de cuisine et des marmites de 20 litres adaptées aux fours. Ce qui fut fait. Mais le véritable problème se situe au niveau de l’alimentation en biogaz qui n’a presque pas fonctionné à l’issue des travaux.

Depuis décembre 2010, date de la fin des travaux, « les prisonniers continuent de préparer avec du bois de chauffe, l’entreprise nous à donné l’impression que cet outil se rodait, et après un certains temps, ça allait marcher et ça préparerait toutes les nourritures de la prison. Nous avons continué à préparer avec le bois et on expérimentait aussi le biogaz sur deux foyers, à la longue ça a cédé », déclare le régisseur Francis Wantoh Teih. Selon lui, la prison de Garoua est restée à ce jour à la case départ. Le biogaz installé n’a pas fonctionné et l’administration pénitentiaire s’est vu obligée de redoubler d’efforts pour nourrir les détenus. Cette situation a engendré de nouvelles difficultés telles l’approvisionnement en bois et les dépenses -frais de carburants, ressources humaines et logistique- et conséquences –destruction du couvert végétal- y relatives ; le problème d’assainissement reste également non réglé. En somme, la désillusion n’a eu d’égal que l’enthousiasme et l’espoir suscités par l’effet d’annonce.

Interview

Francis Wantoh Teih, Administrateur principal des prisons, régisseur de la prison centrale de Garoua.

Etes-vous satisfait de l’unité de biogaz installée dans votre prison ?

Nous avons constaté que ce qu’ils appellent biodigesteur s’est fissuré, lorsque vous vous approchez, vous voyez qu’au-dessus il y a du gaz, une fois les fours mis en marche, ça s’affaisse ; cette histoire qui contient de l’eau s’est fendue, ce qui provoque des fuites aux abords du biodigesteur, le gaz ne s’accumule plus à l’intérieur. A ce jour, si vous mettez une marmite au four ça ne chauffe plus. Ces marmites spécifiquement conçues pour les fours d’une capacité de 20 litres, qui sont partie intégrante de ce projet, de l’union européenne et destinée à la cuisson par biogaz ne servent plus à rien.

Le projet de biogaz ayant échoué, comment vous y prenez-vous pour faire à manger aux détenus?

Pour faire la cuisine au bois, nous avons besoin de marmites plus grandes pour ne pas avoir à replacer plusieurs fois les marmites au feu, nous sommes obligés de préparer la nourriture des détenus dans des fûts de 200 litres. Nous utilisons 6 à 8 fûts transformés en marmites pour nourrir toute la population carcérale.

Quels seraient les avantages du biogaz s’il fonctionnait ?

Les avantages du biogaz seraient nombreux, nous n’irions plus chercher du bois, si le biogaz fonctionnait, les matières fécales des 1500 détenus de la prison seraient recyclées et cela permettrait de cuisiner à volonté. (…) Cela profiterait à l’environnement. Les dépenses en carburants, en hommes, camions auraient cessé et le problème d’assainissement serait réglé, tout le long du parcours où coulent les déchets de la prison indispose les gens. Tous ces avantages étaient escomptés. Nous sommes revenus à la case départ avec la recherche du bois, dépenses en repas froid des détenus et sans ignorer que préparer au gaz est plus confortable qu’avec du bois de chauffe.

Est-ce que les autorités sont au courant de cette situation ?

Je le dis pour que tous ceux qui devraient connaître nos difficultés actuelles le sachent. A la fin des travaux, les responsables de cette société Deluce avaient voulu que je signe la réception des travaux achevés. J’ai refusé de signer, ils ont tourné en rond, cherchant des interventions de toute part, devant mon refus catégorique en tant que bénéficiaire de l’ouvrage, finalement, c’est avec l’accord du Pacdet, que j’ai signé sous réserve, tout en précisant qu’au moment ou je signe ce document, le biogaz fonctionne à moins de 25% de ses capacités réelles, avec un risque de se trouver à 0% puisque l’énergie fournie, ne pouvait réparer que pour une capacité de deux marmites de 20 litres, et à ce jour rien, et le temps a prouvé que j’avais raison.

L’entreprise est-elle revenue constater ses défaillances ?

En partant, ils avaient laissé quelqu’un sur place pour l’entretien et comme le biogaz ou biodigesteur est inopérationnel, il ferait l’entretient de quoi ? Ce problème est un problème majeur et non un problème d’entretien.

Quelle quantité de bois de chauffe utilisez-vous par semaine ?

J’ignore le volume, à ce que je sache, nous préparons quatre sacs de mais de 100kg par jour nous avons à nourrir au moins 1 500 personnes. Et ces jours-ci nous sommes à 1 399 détenus; ce chiffre à baissé ces derniers jours sinon nous n’avons jamais été si bas. Pour nourrir tout le monde, à vous d’imaginer la quantité. La sauce est préparée par les femmes avec du bois au quartier féminin, et le couscous par les hommes. Comme la quantité est importante, il faut des biceps pour le tourner.

Propos recueillis par Ernest Djonga

 

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