Sanctions à la Fécafoot : Tous coupables

Prosper Nkou Mvondo

Le 12 décembre 2011, la Fédération camerounaise de football, à travers une de ses instances dites « juridictionnelles », a sanctionné des joueurs de l’équipe nationale de football, pour manquement à la discipline. La décision n’a laissé personne indifférente. Elle fait beaucoup de bruits à cause, entre autres raisons, de la qualité et la personnalité des acteurs mis en cause.

« Samuel Eto‘o suspendu pour quinze matches par la Fécafoot : Eyong Takang Enoh suspendu pour deux matches ; Assou Ekotto condamné à payer une amende un million de Fcfa », le sujet est sur toutes les lèvres. Certains, sans trop élever la voix, trouvent la sanction juste et mérité ; d’autres, apparemment plus nombreux, crient au scandale, face à ce qu’ils considèrent comme étant une imposture, un acharnement, un règlement de compte… Des célébrités du football sont mises à contributions et prennent faits et cause pour les martyrs désignés ; des chroniqueurs sportifs font valoir leurs talents de dénonciateurs dans les médias ; certains citoyens révoltés appellent à l’insurrection populaire qui aura pour but de sauver le football camerounais.

Dans les salons feutrés de la bourgeoisie politico-administrative de l’Etat, on dit suivre l’affaire de près, en même temps que l’on cherche les voies permettant une concertation entre les parties, dans l’optique d’une « gestion sereine et responsable de l’affaire ». Visiblement, on tient, comme de coutume, à la paix, l’une des composantes sacrées de la devise du Cameroun. Dans les états-majors des services de sécurité, on prépare les stratégies et les tactiques qu’il faudra déployer au cas où l’ordre public viendrait à être troublé.

Pourtant, face à toute cette effervescence, il faut savoir raison garder, tout en évitant de se laisser emporter par les émotions du moment. Des interrogations en profondeur s’imposent sur l’événement qui est loin d’être banal. Face à la situation, Il faut avoir le courage de faire une analyse froide et citoyenne de la situation, établir les responsabilités qui incontestablement sont partagées, interpeller le devoir et la conscience des uns et des autres, et ceci dans notre intérêt commun.

L’Algérie a lancé un défit au Cameroun à travers un match de football. La rencontre a été programmée. Pour notre nation, le Cameroun, c’est avant tout une question d’honneur : il faut se présenter pour relever le défit en affrontant l’adversaire ; peu importe le résultat de la rencontre, puisque nous sommes, en sport ; le plus important, c’est montrer que le Cameroun peut et sait se battre ; que les camerounais ne sont pas du genre à se débiner devant un adversaire. En refusant de prendre l’avion pour se rendre en Algérie, les joueurs camerounais ont porté un coup terrible au Cameroun. Si l’on veut être sincère, on dira qu’ils ont trahi leur patrie, le Cameroun. Les raisons qu’ils avancent ne peuvent en aucun cas les dédouaner ; primes impayés, termes des contrats inconnus, amateurismes des dirigeants du football… La défense de l’honneur du Cameroun se doit être assujettie à aucune transaction ou négociation : on sauve d’abord cet honneur et on se plaint, de ce dont on est victime, par d’autres moyens et plus tard.

Le football camerounais a mal de ses dirigeants, tout le monde le sait. Les joueurs de l’équipe nationale, qui font partie de l’élite de notre nation, ont incontestablement leur mot à dire dans la déconfiture de notre football ; Ils sont suffisamment intelligents pour trouver les bons moyens et les instruments qu’il faut pour que des solutions aux problèmes de ce football soient trouvées. Dans le cas d’espèce, en choisissant de ternir l’image du Cameroun, ils ont mal agit ; ils ont servi un mauvais exemple à tous ces camerounais qui les prennent pour modèle de patriotisme.

En réaction à un manquement collectif, la Fécafoot ne sanctionne que quelques joueurs. Maladroitement, la fédération rend une décision qui ne se justifie, ni sur le plan moral, ni sur le plan sportif, ni sur le plan de l’équité. Pour sauver les meubles, la Fécafoot brandit la conformité des mesures prises à des textes juridiques qui, en l’occurrence, sont mal indiqués pour servir d’instrument de rétablissement de l’ordre sportif, patriotique et républicain..

Dans la décision inopportune que prend la Fécafoot, la majorité coupable est exempte de sanction, tandis qu’une minorité, triée sur la base de critères discutables, est sanctionnée. Le procédé donne fatalement raison à la thèse d’un complot ou d’un règlement de compte dirigé contre les membres du trio sanctionné. Des trois « sacrifiés » pour servir d’exemples, le plus fautif reçoit la peine la moins lourde, tandis que le moins fautif reçoit la peine la plus lourde. Comment expliquer que le joueur Assou Ekotto, qui, sans explication aucune, n’a même pas daigné se présenter au Maroc pour le premier tournoi, ne reçoive, pour le récidiviste qu’il est, qu’une amende de un million, une peine insignifiante lorsqu’on considère les revenus du condamné. En l’absence du capitaine titulaire, Eyong Takang Enoh, le vice capitaine, a animé la révolte des troupes sur le terrain des opérations. Il est moins lourdement sanctionné que Samuel Etoo qui n’était pourtant pas au Maroc au moment où ses coéquipiers décidaient d’entrer en rébellion. Pour quitter le groupe, Samuel Eto’o avait, semble t-il, pris soin de demander une permission d’absence ; il sera le seul a se présenter physiquement au Conseil de discipline. Ne serait-ce que pour ces attitudes singulières, le présenter comme étant le plus coupable du groupe est incontestablement une injustice qui laisser penser, à raison, à un acharnement particulier.

Parce qu’ils sont fautifs, tous les joueurs de l’équipe national, qui ont refusé d’aller défendre l’honneur de leur pays, méritent d’être sanctionnés dans les mêmes proportions. A cet effet, toute sanction, quelle que soit sa sévérité, se justifierait. Un militaire camerounais qui refuse d’aller affronter des adversaires à Bakassi risque une peine que, par décence, il n’est pas bon d’indiquer ici. En aucun cas, il ne peut se défendre en arguant de ce qu’il n’a pas reçu sa solde ou alors que les officiers supérieurs ont refusé de lui présenter le contrat d’achat des armes. Les footballeurs ne sont pas des militaires, il est vrai, mais il y a lieu de relever que le sentiment patriotique doit être le même, que l’on soit footballeur ou militaire.

Pour sanctionner les joueurs fautifs, la Fécafoot ne leur a pas infligé la sanction sportive suprême en la matière qui consiste en l’exclusion à vie des activités de la fédération. Les plus dures des critiques diront même que la Fécafoot a été complaisante en ne sanctionnant que par des matches de suspension. Ce qui fait problème dans cette décision, c’est la distribution des sanctions qui révèle des incongruités. S’agissant d’une décision de la Fécafoot, cela ne surprend personne. C’est le contraire qui devrait étonner. N’a-t-on pas vu deux clubs jouer un même match et le gagner tous les deux, chacun s’en tirant avec trois point ?

Les mots n’ont jamais manqué pour désigner les décideurs administratifs de la Fécafoot : « Colons parasitaires, braconniers, incultes sportifs, usurpateurs, imposteurs, voleurs, assassins du football, etc.  » Lorsque l’on scrute les agissements de ces derniers, on se rend compte que les mots utilisés par leurs dénonciateurs ne sont que des euphémismes. Qui ignore que tous les esprits brillants qui ont voulu s’opposer aux pratiques malsaines de la Fécafoot ont été neutralisés par le système maffieux qui gouverne le football camerounais. A la Fécafoot, seules les fripouilles sont bien accueillies et peuvent y séjourner pendant longtemps. Un Samuel Eto’o, esprit brillant sans doute, qui commence à dénoncer le système, doit d’ores et déjà être neutralisé. Ainsi s’explique la sanction à lui infligée, qui sert d’avertissement à toutes autres personnes « insoumises ». Dans l’esprit des « bourreaux » de la Fécafoot, on réalise bien que les coups portés à Jean Lambert Nang, à Bell joseph Antoine et à bien d’autres, n’ont pas été dissuasifs pour l’éternité.

Depuis des années, le Football camerounais va mal ; la Fécafoot, en charge de sa gestion multiplie des frasques qui sont décriées par tous. Dans l’opinion majoritaire, le mal du football camerounais trouve sa source en ces personnes physiques installées à la Fécafoot. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les mêmes dirigeants sont reconduits par élection tous les quatre ans, avec une majorité « obèse » de près de 100% des suffrages exprimés lors des scrutins. Fort de cette prétendue légitimité, tirée des textes scélérats, taillés à la mesure de leur réélection programmée pour l’éternité, ils narguent tout le monde. Ils se disent intouchables et la réalité des faits leur donne raison.

Qu’a-t-on fait pour mettre fin au drame que vie notre football depuis des années ? Rien du tout ! Les clubs de football, membres exclusifs d’une fédération de football digne de ce nom, s’accommodent des Statuts scélérats qui les excluent du pouvoir de décision à la Fécafoot, une fédération qui est la leur en vertu de la loi camerounaise fixant la charte des sports. Au lieu d’agir, les clubs se contentent de pleurnicher, attendant le jour où le Seigneur Jésus viendra les sauver en leur permettant d’accéder au pouvoir de décision à la Fécafoot. Entretemps, les imposteurs triomphent dans leur entreprise de destruction du football camerounais à travers la main mise qu’ils ont sur la Fédération.

Et l’Etat dans tout ceci ? Au lieu de mettre fin à cette gabegie, il s’enferme dans un silence complice. Pour justifier cette inaction, on brandi fallacieusement le principe de non ingérence de l’Etat dans les affaires du football, un principe que semble t-il, la Fifa défend avec acharnement. A cet effet, les protecteurs du système trouvent une écoute suffisamment naïve pour croire qu’une simple association de droit privé, est au dessus de la volonté d’un Etat dans ses mission de régulation de toutes les activités de déroulant sur son territoire. Les fonctionnaires de l’Etat se réfugient alors derrière cette fausse compréhension des rapports entre le football national et ses tutelles nationale et internationale. Ils disent aux pauvres naïfs qu’il est vain de s’attaquer à la Fécafoot. Comme solution de compromis et de compromission, ils préfèrent faire « copains-copains » avec les dirigeants imposteurs de la Fécafoot.

Ensemble, ils vont s’occuper du football ; ensemble, ils vont gérer l’équipe nationale. On parle alors d’ « union sacré ». Ministère des sports et fédération ne font plus qu’un. La tutelle que le premier est censé exercer sur la seconde est mise au placard ; Ensemble, il faut faire face aux perturbateurs du système de détournement des fonds privés et des fonds publics ; ensemble, il faut neutraliser ces « gamins » aux « Ã©go surdimensionnés ». Si parmi eux, il y en a qui sont prophètes en France, en Espagne, en Italie ou et en Russie, il faut leur rappeler, à travers une sanction bien dosée, que leur prophétie s’arrête aux frontières de la Fécafoot.

Le football camerounais va mal. L’équipe nationale du Cameroun, il y a quelque temps, était l’arbre qui cachait la mauvaise forêt. Aujourd’hui, l’arbre est entrain de perdre ses feuilles et ses branches. Peut-être l’arbre va t-il finir par tomber ? Ne soyons pas surpris de voir les « braconniers » arriver, transformer le tronc tombé en bois de chauffage pour faire cuire le gibier qu’ils ont abattu frauduleusement dans la mauvaise forêt du football camerounais. Ils oublieront sans doute une chose : quant ils auront tout détruit et consommé, il n’y aura plus rien du tout. Ainsi arrivera la fin, car toute chose à une fin.

Mais, cette fin apocalyptique souhaitée du football camerounais n’aura jamais lieu. La fin de tout, ce sera la fin de tous ceux qui sont coupables aujourd’hui. Ils passeront et le football camerounais vivra. Ce football est couché aujourd’hui, parce qu’il est malade ; Un bon médecin arrivera un jour ; Il administrera le remède qui détruira tous ces microbes qui perturbent la santé de notre football. Ce dernier guérira ; il se lèvera ; il quittera alors les bureaux feutrés et les chambres d’hôtel climatisées. Il redescendra dans les stades et rétablira le Cameroun dans son honneur.

Prosper Nkou Mvondo

Président de Ngaoundéré Fc

 

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