Emile Mendoua Mfoulou, le préfet du Mbéré échappe à la vindicte populaire, accusé d’avoir procédé à des arrestations le jour de la naissance du christ par les populations de Dir.
Par Alain Ebel Olinga
La journée de 25 décembre était particulièrement mouvementée à Dir, un arrondissement situé à 80 kilomètres de Meiganga. La petite bourgade a été le théâtre d’une chasse à l’homme digne des films western. « On a vu entrer en ville un cortège de véhicules parmi lesquels celle du préfet et deux autres remplies de policiers et de gendarmes bien armés. Quelques minutes plus tard on a entendu les gens courir de partout dans les rues et crier dans les quartiers » nous a confié Amidou un commerçant de Dir. Le préfet du département du Mbéré qui aurait reçu dans la matinée un coup de fil de son chef de terre Dandi Eloi Gadaf, est descendu sans protocole à Dir pour « séparer le bon grain de l’ivraie ». Guidé par son chef de terre qui était chargé de reconnaitre les dissidents, Emile Mendoua Mfoulou a remué chaque ménage afin de mettre la main sur tous ceux qui ont assisté au culte de Noël célébré à la paroisse de l’Eglise évangélique luthérienne du Cameroun de Dir. « J’étais en train de bénir le repas, lorsqu’une voix devant ma porte a dit : il y a un autre qui habite ici! Quelques secondes après, deux gendarmes sont entrés et m’ont brutalisé avec mon épouse devant nos enfants. De peur d’essuyer une bastonnade devant ces derniers nous nous sommes laissés faire et les avons suivi » nous confie avec beaucoup de crainte Jonas. « Le préfet nous a dit qu’il nous amenait à Meiganga en prison par ce qu’on a célébré le culte dans une église qu’il a proscrite dans son département » ajoute-t-il. Près de deux cent personnes, hommes et femmes, vont être interpellé.
L’acte de vengeance
C’est dans ce brouhaha que les populations de Dir vont sortir en masse pour comprendre ce qui se passe dans leur ville généralement très calme. Ils se heurtent aux violences des hommes en tenue et aux discours jugé « dédaigneux » du préfet du Mbéré. Blessées par cette indifférence, les populations de Dir décident d’agir. « Nos enfants ne doivent pas sortir de Dir. Vous avez d’abord arrêté nos frères de Meiganga  et ils ont passé un mois en prison pour rien. Vous n’avez pas de cÅ“ur. A cause de vous Mme Sélangai Pauline a perdu son enfant en prison » scandaient la foule. Toute chose qui ne semblait ne pas inquiéter le préfet du département du Mbéré qui a intimé l’ordre d’embarquer tout le monde.
Les tensions vont s’amplifier dans la foulée et le lamido de Dir Sa majesté El Hadj Masalbe Zatao, face à cette situation se sent obligé de jouer le négociateur entre les populations en furie et Emile Mendoua Mfoulou. Yaya Saidou le maire de la commune de Dir est également mis à contribution pour contenir les émotions des uns et des autres. Au bout de quelques heures, le préfet retient finalement 4 fidèles désignés par le chef de terre comme étant les leaders de l’Eglise évangélique luthérienne du Cameroun à Dir. Ils s’agit de Madougou Yagong Pierre Hervé, Adjia Norbert par ailleurs secrétaire général de la commune de Dir, Oumarou Jean Claude le catéchiste et Bagary un fidèle. Ils ont été placés en garde à vue dans les geôles de la compagnie de gendarmerie de Meiganga et selon nos sources, le nommé Madougou Yagong Pierre Hervé a été entendu par le procureur de la république près du tribunal de première instance de Meiganga ce lundi matin. Lorsque nous mettions sous presse le préfet était injoignable au téléphone.

