Quelques pistes permettent de comprendre l’affaire pour laquelle est impliqué le natif de Garoua Marafa Hamidou Yaya, aujourd’hui en détention préventive à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui
Beaucoup situent la naissance de l’Albatros en avril 2004, notamment au moment où Paul Biya embarque avec femme et enfants à bord en partance pour Paris pour assister au sommet de la Commission du bassin du Niger. En plein vol inaugural, alors que l’avion survole le territoire nigérian, le train d’atterrissage refuse de rentrer, créant ainsi la panique à bord. Certes, c’est le moment où l’acquisition pour le moins opaque de cet avion va ouvrir la voie à de nombreuses interrogations, notamment sur la caducité d’un appareil supposé être neuf, les conditions d’achats de cet aéronef, les responsabilités des uns et des autres etc. La décision d’acheter un avion pour les déplacements du chef de l’Etat remonte pourtant 3 années auparavant, notamment en 2000. L’idée est de Marafa Hamidou Yaya, alors Secrétaire général de la présidence de la République, mais d’autres hauts commis tel Jean-Marie Atangana Mebara, actuellement sous les verrous et de nombreux intermédiaires partagent les responsabilités dans cette nébuleuse qu’est l’affaire Albatros. L’idée de Marafa est motivée par les nombreux soucis que causent désormais Le Pélican acquis en 1978 par l’ancien président Ahmadou Ahidjo. Dans son désir de tout faire pour que le président de la République ait un aéronef pour ses déplacements, l’ancien ministre de l’Administration territoriale explore une première piste celle d’un Boeing 767, propriété d’une compagnie basée à Hong Kong, ensuite d’un Boeing Business Jet (BBJ). La deuxième piste parait plus fiable et le coût de l’opération est estimé à 30 milliards de Fcfa soit 45 millions d’euros. Au moment où ces deux pistes sont explorées, trône à la tête de la Camair Cyrille Etoundi Atangana, qui sera débarqué quelques temps après et remplacé par Yves Michel Fotso, fils du milliardaire Victor Fotso. Ce dernier est saisi peu après sa nomination du dossier et propose à son tour une entreprise spécialisée dans le leasing d’aéronef, basée aux USA du nom de Gia International. Il se raconte toutefois que la Camair jouait un rôle d’assistance technique et que tout était piloté par le secrétariat général de la présidence de la République à la tête duquel trônait M. Marafa. La décision de traiter avec Gia sera couronnée par un versement à ladite entreprise de la rondelette somme de 31 millions de dollars par l’entremise de la Société nationale des hydrocarbures (Snh), que dirige depuis des décennies Adolphe Moudiki, et dont généralement la présidence du conseil d’administration est assurée par le Secrétaire général de la présidence de la République. C’est bien Marafa Hamidou Yaya le Pca à cette époque. En plus des 31 millions de dollars versés, 2 autres seront versés par la Commercial bank of Cameroon (Cbc), dont Yves Michel Fotso est Pca. Après ces deux versements, tout porte à croire que l’Etat du Cameroun disposera d’un avion à l’état neuf qui sortira des usines américaines en octobre 2001.
Le 22 août 2002, le Secrétaire général de la présidence de la République change de nom. Jean-Marie Atangana Mabara remplace Marafa Hamidou Yaya. Il s’empare à son tour du dossier et demande à Yves Michel Fotso de mettre un terme à la procédure avec Gia International pour des raisons, explique-t-on, que cette dernière entendait livrer l’avion jusqu’au payement de la dernière tranche. Du coup, une autre société entre en scène sous la conduite de Jean-Marie Atangana Mebara. Celle-ci est basée à Londres mais déclarée aux îles Caïman. Elle s’appelle Aircraft Portfolio Management (Apm). Cette société crée en 2002 avait une filiale à Yaoundé dénommée Assets Portfolio Management (Apm). Société anonyme au capital de 140 millions de Fcfa, se disant spécialisée dans l’achat et la vente du pétrole brut et des produits pétroliers en Afrique centrale, le négoce et l’import-export. Elle est aussi engagée dans la mise en place des compagnies aériennes (achat, vente et maintenance des avions, études et consultations). Parmi les actionnaires d’Apm filiale du Cameroun, on retrouve des Camerounais tels Hubert Otélé Essomba et Ephraïm Inoni, ancien Premier ministre par ailleurs Pca d’Apm. A l’époque des faits, il est secrétaire général adjoint de la présidence de la République, aujourd’hui en détention préventive à Kondengui. Très rapidement Apm et ses responsables entrent en jeu et proposent une piste pour un avion présidentiel de 18 places pour un coût de 32 milliards de Fcfa. Yves Michel Fotso est aussi limogé de la Camair en novembre 2003. Jean-Marie Atangana Mebara, récemment acquitté et inculpé de nouveau par la justice à désormais toutes les clés en main et fait intervenir Jérôme Mendouga, à l’époque ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis. Leur collaboration conduira à l’achat d’un Boeing 767-200 proposé par Boeing Aircraft Maintenance sorti de la chaine Boeing en 1986 et à l’arrêt après avoir servi quelques compagnies dont Air Madagascar. Cet aéronef sera inspecté du 9 au 17 août 2003 par une équipe conduite par le colonel Justin Mitlassou de l’état-major particulier du président de la République, avec des techniciens de la Camair et de l’autorité aéronautique. Le 5 décembre 2003, le Cameroun signe avec la US Bank National Association le contrat d’acquisition du Boeing 767-200 qui sera baptisé The Albatros, sous la griffe de Jean-Marie Atangana Mebara. Yves Michel Fotso avait-il été remboursé par Gia International, tel que l’avait souhaité Jean-Marie Atangana Mebara ? GiaIA avait-il versé de l’argent à la firme Boeing afin de lui réserver le Boeing Business Jet 2 tel que le stipulait le contrat ? Là demeure le flou le plus total dans cette affaire. Certaines sources disent que sur les 31 millions reçus par Gia International, seuls quatre ont effectivement été payés à Boeing. Une zone persiste sur la destination des 27 millions de dollars restants. Par ailleurs, quel a vraiment été le prix de cet aéronef ? Certaines sources évoquent un paiement effectué par le Trésor public. A l’époque, le Cameroun était encore sous ajustement structurel sous la conduite du Fmi et de la Banque mondiale. On se souvient qu’une mission de revue de programme de ces deux institutions avait noté un trou dans la trésorerie de l’Etat de l’ordre de 60 milliards de Fcfa et la rumeur, très forte au Cameroun, disait que les sommes manquantes avaient été utilisées pour l’achat de l’Albatros. Seules les enquêtes nous diront un jour combien avait effectivement coûté l’Albatros.


