Le phénomène va grandissant et appelle une conjonction d’actions concertées pour l’endiguer. Plus de 100 enfants abandonnés dans des bacs à ordures et maternités en 8 ans reçus dans le Centre d’accueil pour enfants en détresse (Caed) de Garoua.
Par Telesphore Mbondo Awono
Les cris et les pleurs d’enfants qui accueillent le visiteur qui débarque au Caed, situé non loin de la Pmi de l’hôpital régional de Garoua, vous plongent sans le souhaiter, dans l’angoisse existentielle, celle qui pousse parfois chaque être humain à s’interroger sur les raisons de l’existence humaine et surtout celles liées à la vie. Pourquoi naissons-nous? Pourquoi sommes-nous créés? Pourquoi naitre et souffrir? Pourquoi rire et pleurer? Pourquoi vivons-nous? Où sommes-nous appelés à vivre ? Autant de questions qui, on le voit, hantent souvent l’esprit et à juste titre. En effet, certaines personnes n’arrivent pas à comprendre pourquoi une femme peut être amenée à abandonner son enfant sorti de ses entrailles dans un bac à ordures ou dans une maternité ? Pour avoir la preuve qu’un tel phénomène existe, le Caed de Garoua vous donne immédiatement la réponse. Créé en 2004, le centre, une structure étatique d’œuvre sociale du ministère des Affaires sociales, reçoit des enfants abandonnés par des parents irresponsables entre autres. A ce jour, nous explique Mme Danay Moussita Alice, directrice du centre, plus de 100 enfants ont déjà été reçus dans le centre. 15 enfants y sont à ce jour dont 14 nourrissons et un garçon de 7 ans qui, aurait été rejeté par sa grand-mère parce que sa mère biologique serait morte de Vih. Le regard innocent de ces nourrissons lorsqu’ils aperçoivent une nouvelle face rappelle au visiteur l’absurdité de la vie mais ne déteint pas l’engagement des autorités et surtout de celles (4 berceuses, une directrice) qui sont en charge au quotidien de ces enfants reniés à leurs naissances par leurs génitrices. 4 berceuses pour s’occuper de 14 nourrissons, Travail harassant n’est-ce pas surtout qu’avant le recrutement de 25 000 jeunes à la fonction publique, elles n’étaient que 2 ? Une tâche qui consiste à les laver, les nourrir au biberon, les bercer et surtout veiller sur eux. Pour cela, elles sont obligées de faire des sacrifices. La directrice nous informe qu’il y a des jours qu’elle rentre chez elle à 21 heures. En effet, le centre est un lieu de transit. Il reçoit les enfants, les sécurise en les nourrissant puis procède à la recherche de la souche familiale à travers les communiqués radio, les services de gendarmerie ou de police. Si au bout de ce processus, la famille souche n’est pas retrouvée, l’enfant peut être adopté ou placé dans un autre centre. « L’adoption est la dernière étape lorsque la souche familiale de l’enfant n’a pas été retrouvée », affirme Mme Danay. Selon elle, la Bénoué et le Diamaré sont des départements où l’on recueille beaucoup plus des nourrissons abandonnés. Les périodes de fête, l’approche des rentrées scolaires et pendant la saison des pluies où très souvent la famine sévit. La présence des centres d’accueils d’enfants justifie aussi l’abandon des enfants par leurs mamans surtout lorsque celles-ci savent que leurs enfants ne mourront pas et qu’ils seront accueillis par ces centres.
Les difficultés du centre
Certes, c’est un centre étatique mais 4 femmes pour s’occuper de 14 nourrissons et un enfant de 7 ans, n’est-ce pas là une tâche harassante surtout pour des enfants qui ont besoins d’affection ? Le Caed de Garoua a besoin d’être agrandi, il ne dispose pas de matériel ludique pour les enfants. Le personnel est insuffisant, les moyens financiers aussi. Le bâtiment qui abrite le centre est vétuste. Sa position d’être une structure étatique rend encore plus difficile la tâche à ce centre d’accueils pour enfants en détresse. En effet, en dehors de l’Etat et des personnes privées, aucun autre partenaire ne vient à la rescousse de ces enfants. Pourtant, leur posture appelle à l’assistance. Celle-ci qui peut passer par l’octroi du lait, de la bouillie enrichie au mil, riz local, soya, arachide, sucre, farine enrichie, céréales. Toutes choses qui permettront de nourrir au quotidien ces enfants. Le Caed a besoin de chacun mais surtout de nous tous, car comme le rappelait si bien La Bruyère, dans Les Caractères, « il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères »

