Joseph Rassia, handicapé visuel : un exemple de courage et de ténacité

Le chemin est certes encore long et sinueux, mais les résultats obtenus jusque-là par cet homme, sont encourageants surtout qu’être non voyant dans la partie septentrionale et même partout ailleurs dans le pays, est synonyme de rejet ou encore d’exclusion sociale. 

Par Telesphore MBondo Awono

Originaire de l’Extrême-Nord, département du Mayo-Danay, arrondissement de Yagoua, Joseph Rassia fait partie de ceux qui ont utilisé judicieusement leurs handicaps pour faire entendre leurs voix. Il  a créé le Centre de réhabilitation pour déficients visuels de la région du Nord (Crdv) en 2001. « Ça n’a pas été facile, à cause des considérations marginales familiales mais nous avons démarré la même année avec 5 élèves », reconnait-il. Il a du faire une forte campagne de sensibilisation pour convaincre les parents à laisser leurs enfants recevoir une éducation. Son centre dispose de deux sections dont une scolaire s’occupant des enfants de 6 à 16 ans et une autre professionnelle, qui s’occupe des enfants de 17 à 35 ans. 3 des 5 enfants qui ont été au début de la création du centre sont aujourd’hui au collège dans les classes de 5e et selon les dernières informations, ils vont tous en 4e. Pour ce qui est de la section professionnelle, certains enfants formés se trouvent aujourd’hui dans le circuit du développement de notre pays. Les subventions reçues par l’Etat étaient insignifiantes pour le fonctionnement de ce centre (250 000 à 300 000 Fcfa par an) jusqu’à ce que grâce à la ténacité de l’homme, le Crdv a pu bénéficier depuis 2010, d’un financement issu des fonds de l’initiative Pays pauvres très endettés (Pptt). En principe le centre est une œuvre sociale privée (Osp) où les enfants doivent payer pour les externes 85 000 Fcfa et 135 0000 Fcfa par an pour les internes. « Si pour convaincre les parents à laisser leurs enfants aller s’éduquer n’a pas du tout été facile, vous pouvez comprendre la difficulté qu’il y a eu à amener ceux-ci à verser l’argent pour l’éducation de leurs enfants. Mais nous n’avons chassé personne surtout que notre souci premier était de les former pour qu’ils cessent d’être considérés comme les bannis de la société« , raconte avec amertume le directeur du Crdv. D’autres difficultés et non les moindres se situent dans l’acquisition du matériel didactique des non voyants. Celui coûte cher et parfois n’est pas disponible au Cameroun. « Nous avons dû parfois le commander en Europe », dit-il. Grâce au financement Ppte qui s’élève à 75 millions de Fcfa et dont plus de la moitié a déjà été consommée soit 43 millions de Fcfa, le centre s’est offert un bloc conjoint dortoirs salles de classe. C’est-à-dire deux salles de classe et deux dortoirs, une salle multifonctionnelle avec bloc administratif. Il faut reconnaitre toutefois que le dossier de demande d’une subvention de l’Etat a été introduit en 2003 mais ce n’est qu’à la fin d’année 2010 que la demande a été accordée. Toujours grâce à ce financement, le Crdv compte aujourd’hui 10 encadreurs rémunérés. Cette année, le centre compte en son sein 24 élèves les deux sections confondues. « Nous attendons aujourd’hui la deuxième tranche », relève-t-il. En dehors des subventions de l’Etat, le centre n’a jusque-là aucun autre financement extérieur. Mais reconnait humblement Joseph Rassia, « c’est parce que nous n’avions pas introduit des demandes. Nous n’avions aucune preuve palpable, pas de locaux, pas d’élèves ou encore le personnel », dit-il et de poursuivre « que le centre va désormais le faire, nous ne bénéficierons pas éternellement des financements Ppte, nous devons trouver d’autres sources de financements surtout que notre combat contre la marginalisation des déficients visuels ne fait que commencer », affirme-t-il.

Les difficultés réelles du Crdv

Le Crdv fait face à de nombreuses difficultés liées à l’accès au matériel didactique tel que le papier braille, la canne blanche, la tablette, le poinçon, les cuba rythmes, les cartes géographiques (difficilement trouvable sur le marché national ). C’est un matériel qui coûte cher. Grâce au Ppte, au Rotari et le Lions club, la Croix rouge, le Crdv a pu bénéficier du matériel didactique », reconnait le directeur du Crdv. L’alimentation des enfants internes du centre fait partie des difficultés réelles du centre. Au-delà de l’argent et du matériel qui permettent au centre de fonctionner, la fierté de Joseph Rassia est de savoir aujourd’hui que les enfants formés dans son centre sont au collège et que d’autres se sont insérés dans des circuits de développement. Il aurait appris que l’un de ces enfants fait partie des 5 premiers dans un établissement de la place. Il n’est pas question d’oublier les locaux qui font aujourd’hui la fierté de cet homme de l’ethnie Massa né le 8 juin 1963 à Ngansay à Mora, région de l’Extrême-Nord. Mais son bonheur sera total lorsque que les parents cesseront d’avoir honte de leurs enfants handicapés en général et ceux qui sont déficients visuels en particuliers.


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