L’organisation vient de faire un don de 13 kits obstétricaux et des équipements destinés à 3 hôpitaux de district et aux centres de santé de la région de l’Adamaoua.
Les équipements remis au délégué régional de la Santé publique de l’Adamaoua le Dr Hamadicko Harouna par le représentant de l’Unicef le Dr Suzanne Zoumao, le 08 juin dernier à l’occasion du passage à Ngaoundéré de la caravane de la Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle (Carmma).
Les statistiques révèlent que 4380 femmes au Cameroun meurent des suites d’accouchement, un taux supérieur aux décès causés par les accidents de circulation, et trois fois plus que ceux liés au choléra. A cela, il faut ajouter que toutes les deux heures au Cameroun, 6 nouveaux nés décèdent. Dans la région de l’Adamaoua en 2011, le taux de prévalence contraceptive était de 11 %. La campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle entend attirer l’attention des décideurs des communautés sur la problématique de la santé infantile au Cameroun, d’accélérer le processus d’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement et de mobiliser les zones pourvoyeuses en décès maternels et infantiles afin d’inverser la tendance.
Pour ce dernier point, les différents acteurs et leaders sociaux ont été invités à contribuer activement dans la sensibilisation des familles, des hommes, et surtout des femmes et filles en âge de procréer sur leur responsabilité en matière de leur santé et les dispositions qui existent au Cameroun. Ces dispositions qui sont entre autres les méthodes de planning familial, les consultations prénatales, la prévention de la transmission mère-enfant à travers le dépistage volontaire du Vih et prise en charge, de conseils pour la préparation à l’accouchement afin de prendre en charge en temps réel les complications imprévisibles, le suivi accouchement, la vaccination, les conseils pour l’allaitement maternel. Lesquelles dispositions sont disponibles dans les hôpitaux et centres de santé. L’Etat et ses partenaires ont accordés aux femmes la possibilité d’avoir un accouchement assisté dans les formations sanitaires publiques par la réduction des frais d’accouchements qui sont fixés à 6000 Fcfa et des frais de césariennes à 40.000 Fcfa.
Constat
Selon un rapport sur la situation de la santé maternelle au Cameroun en 2011 présenté par l’Unicef, les 3 régions septentrionales sont les plus grandes pourvoyeuses de décès maternels et infantiles. Dans cette partie du pays, les pratiques coutumières et la mauvaise interprétation des préceptes religieux justifient les habitudes observées dans les communautés du Grand-Nord. L’accès des femmes enceintes aux formations sanitaires est généralement conditionné par l’aval de leurs époux qui sont pour la majorité contre la sortie de ces dernières. « Mon mari ne veut pas se faire à l’idée que je vais me dévoiler devant le gynécologue. Pour lui un autre homme ne doit pas voir ma nudité ou me tripoter, car c’est interdit. Il ne veut rien comprendre à cela et me rappelle tout le temps que beaucoup d’enfants dans le quartier sont nés sans que leurs mères ne soient allées à l’hôpital », confie Aminata. Comme elles, de nombreuses femmes sont confrontées à des barrières posées par les préceptes religieux qui appellent la femme à être soumise à son conjoint. Les plus téméraires réussissent, en l’absence de leurs époux, à se rendre en consultations prénatales mais sont parfois confrontées aux problèmes de la disponibilité des moyens financiers pour certaines. Pour d’autres et dans le pire des cas, c’est l’accès aux formations sanitaires dû à l’enclavement de certaines localités qui constitue un frein pour les femmes et leurs enfants.
Selon le même rapport, l’insuffisance du personnel est également une des raisons pour lesquelles le taux de mortalité infantile et maternelle reste élevé dans le Septentrion. « Le ratio du personnel impliqué dans la santé de reproduction dans le secteur public est d’un médecin généraliste pour 19 420 habitants, un infirmier breveté accoucheur pour 36 830 habitants, un infirmier spécialisé en santé de reproduction pour 133 510 habitants, une sage-femme pour 213 616 habitants, un pharmacien pour 1.068 081 habitants, un gynécologue pour 356 027 habitants, un personnel impliqué de manière générale dans la santé de reproduction pour 10 575 habitants », indique t-il. Autant de raisons qui expliquent le fait que dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord le pourcentage des femmes qui accouchent dans les formations sanitaires ne dépasse pas la barre de 30 %.


