Eléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir), de la gendarmerie nationale, de la police et des gardes pénitenciers déployés à Yaoundé, hier, pour empêcher aux citoyens d’acclamer le prévenu.
Par Fatima Issa
« Si Paul Biya a fait venir le Bir pour nous empêcher d’applaudir notre président Marafa, il va seulement mourir de crise cardiaque ; nous sommes derrière toi, prési, ils ne peuvent rien contre toi, Marafa, président ! Marafa, président !» C’est dans cette ambiance surchauffée que Marafa Hamidou Yaya quitte le tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé, ce mardi 24 juillet 2012. Il est un peu plus de 15 h 30. Le prévenu emprunte la sortie arrière du tribunal, sous forte escorte. Les forces de l’ordre le dissimulent pour lui éviter de prendre un bain de foule comme c’était le cas lors de son audience précédente. Alors qu’une autre foule compacte attend de voir son « héros » à la sortie principale, les grilles du tribunal restent désespérément fermées. Dans la cours du Tgi, les « chanceux » qui ont réussi à se frayer un chemin à l’intérieur aperçoivent Marafa Hamidou Yaya. Du coup, ils se mettent sur ses traces en clamant à l’unisson « Marafa, président ! Marafa, président ! ». Sous le regard médusé des forces de police qui assistent au spectacle, impuissants.
Marafa fait courir…
Ce mardi 24 juillet 2012, le tribunal de grande instance du Mfoundi à Yaoundé est pris d’assaut par une foule de citoyens venus d’horizons divers et de toutes les couches sociales. Il est à peine 8 h lorsque les premières personnes regagnent le tribunal. Elles veulent surtout vivre en direct le procès qui oppose l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minadt), Marafa Hamidou Yaya, l’ancien administrateur de la Camair, Yves Michel Fotso et Cie, à l’Etat du Cameroun dans le cadre de l’acquisition d’un avion présidentiel. Aux environs de 9h, la salle d’audience est pleine à craquer. Les membres des familles des prévenus occupent, pour la plupart, les premières loges du tribunal. On y voit également des travailleurs qui ont délaissé leurs lieux de travail. A l’extérieur, des sympathisants de l’ex Minadt donnent de la voix. «Qu’est-ce que vous croyez, le président {Marafa, Ndlr} sera debout », scande Alfaki, qui dit être venu de Garoua pour suivre le procès. Face aux gardiens de prison qui ont redoublé d’ardeur, il faut montrer patte blanche. Au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel, des curieux se déploient aux encablures de l’école publique du Centre.
Routes barricadées
Aux environs de 10h, la circulation devant le tribunal de grande instance du Mfoundi devient presqu’impossible. Déployés par la Dgsn, les policiers responsables de la circulation imposent le sens unique. Seuls les véhicules en provenance de la Sonel Centrale peuvent monter. Ceux en partance du ministère des Finances sont obligés de dévier vers la Camtel. Dans ce climat de sécurité poussée, les visages sont graves. Accroupis ou accrochés aux grilles du tribunal, les curieux sont contraints de se déplacer pour regarder le spectacle de l’autre côté de la chaussée. Le personnel du tribunal, les avocats et autres personnes proches du dossier stationnent leurs véhicules à l’extérieur.
Paul Biya ignoré
Devant les différentes entrées de la salle d’audience des éléments du Bir aux visages cagoulés épient les mouvements des citoyens. Aux encablures du tribunal de grande instance du Mfoundi, la circulation a été bloquée. Dans le même temps, le chemin qui mène le chef de l’Etat Paul Biya au sommet de la Cemac, à Brazzaville, lui, reste dégagé. «Voici le peuple qui acclame un prisonnier ici et ignore même que son chef passe à deux doigt d’ici, il faut lire les signes du temps, la pagne doit résolument être tournée», avance un observateur présent au procès.



