Face au laxisme et à l’irresponsabilité des autorités sanitaires, cette partie du Cameroun risque d’être vidée de ses filles et fils si rien n’est fait d’ici une ou deux décennies.
Une enquête de Telesphore Mbondo Awono
« Voulez-vous une demie journée ou une journée entière ? » C’est le mot de passe utilisé par les vendeurs et vendeuses de thé à Garoua pour servir aux clients la drogue communément appelée tramol. Evidemment, une demi-journée signifie dans le jargon la dose dont les effets s’arrêteraient à midi et une journée entière celle qui ira jusqu’au coucher du soleil voire au-delà. Toutes les combinaisons sont permises ici. On vous dira qu’il y a du tramol faible, moyen ou fort. On a donc le 100 mg, 200 mg voire plus. A Garoua comme dans les campagnes, les gens le prennent parfois directement sans mélanger avec du thé, d’autres le mettent dans du thé, une autre catégorie l’associe avec du paracétamol pour avoir un effet plus tonifiant. Produit de contrebande selon le pharmacien Paul Dawe, dont la molécule-mère est le tramadol, le tramol pourtant utilisé dans le traitement des douleurs de palier 2, c’est-à-dire des douleurs modérées fortes au dessus du paracétamol, est très consommée dans la ville de Garoua et dans toute la région du Nord. Filles, garçons, élèves, conducteurs de motos, travailleurs même les forces de l’ordre et de sécurité etc., s’en servent à volonté quand ils veulent et comme ils le désirent, sous le regard parfois complice des autorités sanitaires de la ville qui ne font pratiquement rien pour les en empêcher. Des informations recueillies à bonnes sources font état d’un important stock saisi l’an dernier qui serait gardé par la délégation régionale de la Santé du Nord. Mais pour quoi faire ? Si la logique voudrait que le stock saisi soit brûlé, nos sources indiquent que le stock saisi est de temps en temps revendu aux vendeurs ambulants. Information fondée ou non, toujours est-il que nos tentatives de recouper cette information auprès de la délégation régionale de la Santé publique du Nord ont été veines. L’indisponibilité répétée du délégué régional nous a fait défaut malgré notre insistance. Une indisponibilité qui ne se justifie pas alors même que la région se meurt. Les jeunes s’empiffrent de jours comme de nuits du tramol au su et vu de tous sans que ça ne touche personne.
Faux prétexte.
L’un des prétextes régulièrement avancé ici est la préservation de la paix. Le gouvernement évite de faire des saisies musclées sous peine de provoquer la colère des jeunes, laquelle peut générer les troubles dans le pays. Ce qui privera les tenanciers du pouvoir de Yaoundé de leur cher bifteck. En d’autres termes, de la mangeoire. On pouvait encore comprendre cette attitude l’an dernier, année d’une importante échéance électorale, notamment la présidentielle de 2011. Or, c’est en permettant à ces jeunes de se droguer comme c’est le cas actuellement, que le danger est plutôt grand. Conséquence, Garoua est devenu un pandémonium. Un lieu où règne pêle-mêle : banditisme, agressions à mains armées, vols, tueries. Selon le préfet de la Bénoué Zang III, 10 motos sont arrachées ou volées à Garoua tous les jours et les acteurs de ces actes criminels ne sont autres que des drogués. Dans les campagnes, les coupeurs de route se droguent avant de se lancer dans leur sale besogne. Se cantonner donc derrière un prétexte de préservation de la paix est simplement un aveu d’échec cuisant du gouvernement camerounais en général et les autorités sanitaires de la région en particulier. Ces derniers ne sauraient être pardonnés du fait que la plupart des responsables régionaux ou départementaux sont natifs de la région du Nord ou du Septentrion et doivent défendre avec force et courage cette population qui se meurt au jour le jour. A Garoua comme dans les zones rurales, le tramol se vend comme des petits bouts de pain. Un vendeur qui a requis l’anonymat nous indiquait il y a quelques jours, qu’il pouvait vendre plus de 15 plaquettes de 10 comprimés chacune par jour. Il n’est d’ailleurs pas le seul vendeur de la ville. Ils sont des milliers, à pied, à vélo comme les non-ambulants, des vendeurs du tramol et d’autres drogues prohibées. Par ailleurs, le tramol se vend à vil prix. Une plaquette de 10 comprimés de 100 mg chacun se vend à 100 Fcfa. Le tramol coûte excessivement moins cher aujourd’hui au point d’être à la portée de tous. Les revendeurs que nous avons approchés nous ont dit qu’ils achetaient le produit en kilogrammes pour une modique somme. « Nous avons un bénéfice de plus de 200%« , lançait l’un d’eux en marchant que nous avons approché et qui visiblement, ne voulait pas nous parler. Si le produit se vend comme des bouts de pain, tous les vendeurs ou presque sont méfiants vis-à-vis de ceux qui viennent leur poser des questions. Nous avons dû parfois acheter le produit afin d’arracher des informations auprès de ces vendeurs ambulants. Même jusque-là, la tâche n’a pas été facile, surtout que nous parlions le français au lieu de la langue locale, notamment le fulfulde. Tous les vendeurs ou presque vous considèrent comme des antigangs. Ici, la méfiance s’impose. Un récent rapport de l’organisme des Nations unies chargé des stupéfiants qualifiait le tramol de drogue des pauvres. En effet, c’est son coût qui justifie son accessibilité. Les prix varient entre 25 et 75 francs le comprimé et en fonction de la dose. L’impression qui s’en dégage au terme de cette enquête de plusieurs semaines, est que le gouvernement camerounais a échoué dans ses missions de protection de sa population. Le tramol tue à Garoua comme dans l’arrière-pays de la région du Nord pour la simple raison que sa vente a été banalisée. « C’est la banalisation de ce médicament qui est à l’origine de la forte consommation du tramol dans la région. Si on ne banalisait pas la prise des médicaments, si l’on ne tolérait pas les ventes des médicaments dans les marchés, en bordure de route, il est évident que la consommation du tramol n’allait pas avoir son ampleur actuelle. Les bicyclettes, les motos, les tablettes sur lesquelles on vend ces produits un peu partout aujourd’hui, sont des principaux véhicules de cette drogue de contrebande », explique avec amertume le Dr Paul Dawe, pharmacien à Garoua. Les premières tueries viennent des cas d’accidents. Des chiffres fournis par l’hôpital central de Garoua spécifient que 80% sur les 4000 cas d’accidents reçus aux urgences de ce centre hospitalier pendant 5 ans proviennent des motos-taxis qui dominent l’activité des transports dans la ville de Garoua et même de toute la région du Nord. L’excès de vitesse est très souvent indexé et son stimulant, d’après nos sources, serait le tramol. Le consommateur qui se trouve dans un état supposé de bien-être n’a plus peur. On parle aussi des cas de convulsion. Nous avions été témoins de nombreux cas de convulsion qui aboutissent très souvent à la mort physique de l’accidenté.
Les élèves parmi les plus gros consommateurs
Parmi les personnes reçues et consultées dans les services de psychiatrie de l’hôpital central de Garoua entre 2010 et 2012 pour troubles de comportement ou agitations liées à la prise d’un médicament ou autres produit indigènes, figurent en tête, les élèves des lycées et collèges de la ville de Garoua dont 198 garçons et 15 filles soit un total de 213. Suivent les sans emplois soit 183 hommes et 112 femmes. Une véritable menace pour la région. Les commerçants arrivent en 3e position avec 160 hommes et 19 femmes, les fonctionnaires avec 72 hommes et 12 femmes. Les conducteurs de motos sont bons derniers dans ces chiffres soit 68 garçons étant connu que les filles ne font pas cette activité. Ainsi, 565 cas ont été consultés en externe entre les mêmes périodes et 274 malades hospitalisés soit un total de 839 malades. 371 avaient été reçus entre 2010-2011 et 468 en 2011-2012, notamment jusqu’au au moment où nous effectuons notre enquête soit, une augmentation de 97 malades. Les élèves qui en consomment le plus sont ceux des classes d’examen 3e, 1ère et Terminale. Pour M. Bassirou Mamoudou, surveillant général de l’hôpital central de Garoua, lequel nous a aidés à collecter ces données, l’ampleur du phénomène s’explique par le trop plein des enfants de la rue qui par effet de mode, de mauvaises compagnies, arrivent à entrainer ceux qui sont dans les quartiers. Selon lui, la pauvreté ambiante de la région du Nord peut également expliquer la ruée des jeunes vers la drogue. « Les adultes désœuvrés s’en servent pour noyer leurs soucis », ajoute-il et de poursuivre qu’il est temps d’agir vite en se fixant des objectifs à court et moyens termes. La drogue est devenue un véritable problème de santé dans la région du Nord. Sur les raisons de la propension de la consommation de la drogue en milieu jeune, le Dr Paul Dawe évoque une sensation de bien-être. « Lorsque vous prenez du tramol, il vous donne une sensation de bien-être. Il coupe la douleur puis un peu de fatigue, ensuite l’euphorie et enfin l’agressivité et la violence. Vous observez que toutes les catégories jeunes se retrouvent là dedans ceci en fonction de leurs fantasmes. Il y en a qui veulent être zen, ceux qui veulent un stimulant pour aller agresser et ceux qui veulent des performances au plan sexuel. Il se raconte qu’il retarde l’éjaculation. Il faut noter cependant qu’il est beaucoup plus consommé par la gente masculine mais les femmes en consomment de plus en plus », explique-t-il.
D’où vient le tramol ?
Avant d’approcher les autorités, nos sources indiquent toutes que ce produit vient chez le grand voisin qu’est le Nigeria. Ce que confirme le Dr Paul Dawe qui reconnait quand même les efforts fournis par ce pays pour stopper net la propension de ce produit. Mais, ajoute-t-il pour le déplorer, « c’est la demande qui crée la contrebande. Tous ceux qui font des travaux durs ou supposés durs cherchent un stimulant capable de leur permettre d’être toujours performant, tous les jeunes désœuvrés sont en quête de quelque chose susceptible de bannir l’oisiveté dans laquelle ils se trouvent. Tous ces gens expriment une demande, le trafiquant cherche à satisfaire les demandes de ses nombreux clients et par tous les moyens ». Le chef secteur des Douanes du Nord Peter Mbala Etogo, justifie l’entrée de ces produits par la porosité des frontières camerounaises et le manque de véritables moyens de contrôle. « Pendant la saison sèche, les routes peuvent être créées partout et nous faisons avec les moyens de bord dont nous disposons », affirme-t-il. Contrairement à ce que pensent les gens, expliquent-ils, les services des douanes opèrent de nombreuses saisies. « L’an dernier, nous avons saisi d’importants stocks de tramol », affirme-t-il. Il dit ne pas connaitre exactement les quantités qui entrent sur le territoire camerounais. Toutefois, précise-t-il, elles sont importantes. Cet officier supérieur des Douanes nous promet qu’avec la création des brigades commerciales dans les marchés et la mise en place du projet de réglementation portant sur le mouvement et la détention des marchandises, le combat sera beaucoup plus acharné. Sauf qu’entre-temps, le produit de contrebande continue de semer tristesse et consternation dans les familles de la région du Nord, voire dans tout le Septentrion. Ses effets nocifs à divers niveaux, déforment l’être en le rendant dépendant d’un produit qui le détruit et l’anéantit lentement mais sûrement.
Mort lente.
La sensation de bien-être que procure a priori la consommation du tramol se transforme au fil du temps et des ans, en poison lent. Le consommateur meurt lentement chaque jour qui passe sans forcément s’en rendre compte. Le produit est un dérivé de l’opium selon le pharmacien Paul Dawe. « Ses effets vont selon lui, de ceux de l’accoutumance à ceux d’adduction. Parmi les effets observés couramment chez ceux qui le consomment explique-t-il, on note l’euphorie, l’agressivité qui est le contraire de ce qui est recherché dans la prise du tramol, des fortes douleurs musculaires. Il y a des gens qui après avoir pris ce produit se mettent à pousser des cris. Il y a aussi un effet cérébral appelé généralement trous noirs. Il arrive parfois au consommateur de pertes momentanées de vision ou encore de mémoire. Il peut aussi arriver au consommateur des instants où il ne se rappelle plus de l’objet de conversation. Il y a aussi l’accoutumance ou l’adduction au produit. Les troubles dus aux fortes prises aboutissent très souvent à la mort. Parfois, la prise répétée du tramol provoque des crises de type épileptique. Plus souvent aussi, vous rencontrez des cas où les gens sont pris de convulsions et lorsqu’on vous analysez de près, vous constaterez que c’est une forte prise de tramol ». Le pharmacien précise le danger à venir qui guette la société camerounaise toute entière surtout qu’en plus des jeunes désœuvrés, les milieux universitaires, pire, secondaires sont de plus en plus touchés, au point qu’il est désormais temps d’agir. Des témoignages poignants, émouvants recueillis auprès de deux anciens consommateurs suscitent de nombreuses interrogations et mettent le gouvernement camerounais devant ses responsabilités.
Témoignages
« Je regrette avoir pris cette drogue et demande au gouvernement de me venir en aide », Djibrilla Sali, 31 ans, habite le quartier Poumpoumré à Garoua, couché depuis 10 mois, il est paralysé des deux pieds par les effets d’une forte prise de tramol. Il s’exprime avec peine du fait des douleurs atroces. Il a une blessure entre ses deux fesses et Il demande l’aide du gouvernement camerounais.
J’avais commencé avec 2 comprimés, puis, j’étais passé à 2 plaquettes par jour soit 1000 mg le matin et un autre le soir jusqu’à 4 plaquettes dont 2000 mg le matin et 2 autres le soir ceci pendant 5 ans. Je prenais en plus du tramol, le produit chimique qu’on appelle à Garoua « homme fort« . Ça me donnait la force et je ne connaissais point d’ennuis. Quand je prenais le tramol, je me sentais toujours dans les nuages, comme si je n’étais pas de ce monde. Le jour que je n’en prenais pas, je sentais venir la mort, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Je suis allé à l’hôpital quand j’avais commencé à sentir la perte de mes deux jambes. J’avoue ici que je n’avais pas dit au médecin la vérité. Et depuis ce jour, je ne peux plus me lever de moi-même. A partir des hanches jusqu’aux orteils, je sens une douleur atroce. Par ailleurs, je ne peux plus me tenir debout ou m’asseoir. Toute cette partie est paralysée. Toutes les veines de mes pieds s’étirent. Pour dormir un peu, mon père me donne l’Efferalgan ou le Sédaspir. Ce sont ces deux produits qui me permettent de dormir un peu. Je puis vous assurer que je souffre nuits et jours. Je regrette avoir pris cette drogue et demande au gouvernement de me venir en aide, si j’avais encore une chance de m’en sortir.
« Je n’aimerais pas voir d’autres enfant mourir comme les miens », Sali Maïdadi, père de Djibrilla Sali, habitant le quartier Poumpoumré, commerçant au marché central de Garoua. Eploré, il demande instamment l’aide du gouvernement camerounais pour qu’il ne perde pas un deuxième enfant à cause de la consommation du tramol.
Je ne savais pas que mon fils prenais le tramol. Il le faisait en cachette. Il savait pertinemment que j’allais me fâcher, surtout que son grand-frère Mohamadou Bassirou était mort le 11 juin 2006 des suites d’un accident de la circulation parce qu’il consommait du tramol. Je ne peux savoir Monsieur pourquoi il consommait cette drogue. Il ne paie pas le loyer, encore moins la nourriture. Il avait tout ce qu’il lui fallait. Je ne sais pas quels soucis il allait noyer en prenant du tramol. Il vendait avec moi au marché. Je suis perdu Monsieur. C’est la famille qui supporte tout à présent : ses frères, sa mère et moi-même souffrons depuis 10 mois qu’il est couché. Nous le lavons, l’aidons lorsqu’il veut faire ses besoins et lui donnons à manger sans compter les médicaments que nous lui donnons pour calmer ses douleurs. Si j’avais la possibilité d’empêcher la vente de ce produit, j’allais le faire mais je ne suis pas le gouvernement. Je n’ai pas la force pour brûler tous ces médicaments. Je crois qu’il est temps d’arrêter tous ceux qui vendent ce produit, d’empêcher même son entrée au Cameroun. Je n’aimerais pas voir d’autres enfants mourir comme les miens. J’ai déjà enterré un enfant à cause du tramol et je suis sur le point d’enterrer un deuxième, je suis aujourd’hui perdu. J’avais 12 enfants, un est mort et il en reste 11 voici qu’un autre est sur le point de mourir si rien n’est fait. C’est dire qu’avec l’influence de ce produit sur la jeunesse, je perdrais tous mes enfants ». Si le gouvernement pouvait m’aider à le désintoxiquer je lui en serais reconnaissant.
Gérard A. a laissé la consommation du tramol il y a 3 ans. Il nous promène dans l’univers du consommateur. Il a préféré parler sous anonymat. C’est grâce à lui que nous avons pu rencontrer Sali Djibrilla, paralysé des deux pieds par le tramol et cloué sur son lit depuis 10 mois. C’est un produit très amer pour une personne qui ne l’a pas encore pris. Un seul comprimé te donne l’énergie d’un cheval prêt à la course. Avec le tramol, tu peux courir une journée entière sans te fatiguer. Je présume que c’est pour cela que ceux qui font les travaux physiques le consomment. Pendant les 3 semaines de prise, puisque je n’en ai pris que pendant 3 semaines, j’avais eu le sentiment qu’en dehors du tramol, rien d’autre n’existait à mes yeux. Lorsque je ne prenais pas mes deux comprimés le matin, j’étais malade toute la journée. Tout le corps me faisait très mal et lorsque je prenais la dose, mon corps retrouvait des sensations une heure de temps après. En l’absence d’une prise, Il m’arrivait de penser que j’étais anémié ; que je n’avais plus de sang en moi et lorsque je prenais mon corps reprenait vie. J’avoue que pour se sentir plus fort dans cet état, il arrive à de nombreux consommateurs d’augmenter la dose. Lorsque je prenais cette drogue avant de manger, je n’avais plus faim, mais avec le danger d’aboutir aux convulsions. Chance pour moi, je n’avais pas convulsé pendant que je consommais cette drogue. Je m’assurais toujours que j’avais mangé et lorsque j’avalais un ou deux comprimés sans avoir pris un bout de pain, je courais pour en prendre. J’avoue que pendant ma période de prise, je pouvais pratiquement faire 45 à une heure de temps sur ma copine au point qu’elle m’avait demandé un jour le secret de ma force. Je lui avais menti en arguant que je prenais des écorces puisque nous en avons assez dans le Nord-Cameroun. C’est par curiosité que j’avais pris le tramol en 2009. On vantait constamment ses effets autour de moi, au point où j’avais décidé moi-même d’y goutter. Mais je n’aime pas être dépendant de quelque chose. C’est pour cette raison que j’avais décidé d’arrêter. Je suis un chanceux dans ma vie, car il n’est pas facile lorsqu’on a commencé d’arrêter. J’avoue que le bon Dieu m’aime beaucoup. Lorsque j’avais décidé d’abandonner, j’étais tombé malade pendant 3 jours et c’est après le 4e jour que j’avais commencé à ressentir les fonctions de mon corps. Après l’arrêt, j’avais senti une faiblesse sexuelle mais quelques semaines seulement, puis j’avais repris mes automatismes, notamment les performances que j’avais avant la consommation du tramol. Je vous assure que je n’étais pas du tout mal dans ce domaine. Je ne regrette pas avoir renoncé à la consommation du tramol et je n’ai plus été tenté de recommencer. Imaginez vous-même si j’avais continué, j’en serais peut-être mort aujourd’hui. Je serais peut-être en train de prendre 4 plaquettes du coup comme je l’apprends. Je serais aussi couché comme mon ami Sali Djibrilla. Je vous assure grand-frère, 2 personnes sur 3 consomment cette drogue ici à Garoua. Pour s’en convaincre passez une heure, deux, voire 5 heures en compagnie d’un vendeur, vous comprendrez vous-même l’ampleur de la consommation de cette drogue. Garçons, filles, hommes et même les femmes mariées en consomment à longueur de journée. Et à l’allure où vont les choses, si rien n’est fait, la moitié de la population de la ville de Garoua sera couchée. Je connais quelqu’un qui en consomme depuis 2005 et il est devenu presque débile. Quelle est sa dose actuelle ? Je n’en sais rien. J’aurais aussi appris qu’il y a un monsieur dont le pénis ne se lève plus. Les gens pensent que le paludisme est plus dangereux, je n’en crois pas du tout. Je crois que le tramol fait partie des graves menaces qui pèsent sur la population camerounaise. Et si le gouvernement ne prend pas des mesures qui s’imposent notamment en arrêtant et en mettant en prison tous ceux qui vendent ce produit, je crois que nous courrons tous vers la catastrophe. La consommation du tramol va décimer tôt ou tard notre population. A Garoua, le tramol se vend partout même dans les sous–quartiers.
Arrêter cette peste sociale.
La première piste et la plus rassurante est la prise de conscience des pouvoirs publics sur les dangers qui guettent la société camerounaise. Si rien n’est fait entre-temps pour arrêter la progression de cette peste, toute la population du Cameroun en général et celle du Septentrion en particulier, sera déréglée d’ici les deux prochaines décennies. Que vaut à proprement parler une société où tout le monde est drogué, déréglé ? Nous sommes certains que ce n’est pas cette société là que souhaite léguer Paul Biya à la postérité. Il faut agir tout de suite. Il est grand temps d’agir. Des moyens de dissuasion peuvent être envisagés, notamment en augmentant le prix du tramol à tel point qu’il ne sera plus accessible à tous, surtout à la jeunesse. Le pharmacien Paul Dawe estime que la deuxième attitude du gouvernement consistera à boucher tous les circuits d’entrée de ce produit issu de la contrebande. Une autre est de laisser ce produit là où il doit être à savoir les pharmacies. Pour M. Bassirou Mamoudou, la sensibilisation par les medias et autres voies de communication peut aider à réduire considérablement la consommation du tramol. Couper le ravitaillement de ces médicaments, détruire ce qui existe déjà est à ses yeux, une source réelle de solution. C’est l’occasion de rappeler ici au gouvernement camerounais comme l’a fait à travers des écrits, l’écrivain sénégalais Cheikh Amidou kane, « qu’une plaie qu’on néglige ne guérit pas, mais s’infecte jusqu’à la gangrène ; qu’un enfant qu’on n’éduque pas régresse ; qu’une société qu’on ne gouverne pas se détruit ».

