Garoua : Les raisons de l’explosion du Rdpc

Les militants accusent les cadres du parti des Flammes de favoritisme envers la famille Hayatou.

Par Telesphore Mbondo Awono

À Garoua, les « oubliés » du parti au pouvoir n’ont pas eu le courage de le dire clairement à Jean Kuete, secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), lors de son séjour en juillet dernier dans la région du Nord. Des avis recueillis auprès des militants et cadres du parti des Flammes révèlent un malaise profond au sein de cette famille politique dans cette localité. Contrairement à ce que de nombreux observateurs pensent, la candidature de Modibo Iyagaroua, oncle de Marafa Hamidou Yaya, ex-ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), en détention préventive au Secrétariat d’État à la Défense (Sed) à Yaoundé, à la succession du défunt Modibo Ibrahima Abbo à la tête du lamidat de Garoua, n’est pas la seule pomme de discorde entre la famille Hayatou et l’ex-Minatd.

C’est à tort que les analystes se focalisent sur ce feuilleton pour justifier l’inimitié  entre les deux parties. Pourtant, selon nos sources généralement bien introduites, la raison fondamentale, dont personne n’ose prendre le risque d’évoquer, sous peine de subir le courroux de la famille Hayatou, se trouve ailleurs. Pour comprendre la genèse du conflit selon nos sources, il faut remonter à la réunion convoquée et présidée par feu Ahmadou Hayatou le 7 mai 1990. Le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Garoua de l’époque, en vue de la création de l’association des élites du Nord. Il veut souder les élites de la région pour mieux défendre leurs intérêts. Le projet sera combattu par Mme Aïssatou réputée à Garoua pour ne pas garder sa langue dans la poche. Il s’agissait clairement de mettre un terme à l’hégémonie de la famille Hayatou.

L’association sera finalement créée et aura à sa tête,  Amadou Bello, ex-directeur général ou régional ? de la Cameroon airlines (Camair). Elle ne survivra pas pour des raisons évoquées à savoir tout faire pour étouffer la famille Hayatou. Toutefois, cette famille visiblement très puissante réussira d’après nos sources à s’imposer en faisant croire à la hiérarchie du parti Rdpc que c’est elle qui détient les clés de la région du Nord. Marafa Hamidou Yaya sera alors le seul qui tiendra ouvertement tête à cette famille. C’est grâce à lui que le Rdpc tirera toute sa force dans la région du Nord. C’est grâce à lui également qu’on a pu voir des personnes d’horizons divers émerger au sein du parti. Aujourd’hui, après son arrestation, les militants ruminent leur colère contre cette famille Hayatou. Elle s’est hissée sur un piédestal, et est devenue omniprésente et omnipotente, sous le regard complaisant et complice de la hiérarchie du parti des Flammes selon ces mêmes sources.

C’est pour cette raison que certains militants désertent de plus en plus les rangs du parti des Flammes. Cela est perceptible à travers le manque d’engouement voire l’indifférence des militants à défendre publiquement les idéaux de ce parti. C’est d’ailleurs grâce au lamido de Rey-Bouba, Aboubakary Abdoulaye, qu’une présence des militants du Rdpc avait été possible lors de la visite de Jean Kueté à Garoua. Ce dernier avait dû transporter 1000 personnes pour venir applaudir le Sg du comité central du Rdpc. Les « abusés » n’hésitent pas à dire : « Seule la famille Hayatou moissonne là où tous les militants sèment » et certains d’ajouter, « comme si elle était la seule famille à Garoua ».

 

 

L’hégémonie de la famille Hayatou

Aux sources de la frustration des militants du Rdpc, le diktat des membres et proches de la famille Hayatou dans tous les secteurs d’activité de la région.

 Par Telesphore Mbondo Awono

Pour mieux comprendre la frustration des militants du Rdpc, il faut aller chercher dans la suprématie de la famille Hayatou dans la région du Nord. « Comment comprendre que dans une ville qui approche un million d’âmes l’ombre des Hayatou plane partout, si tant est vrai qu’ils n’ont pas le monopole de la compétence », dénonce un conseiller du Rdpc qui a requis l’anonymat.  On a connu par le passé Sadou Hayatou, ex-premier ministre, Ahmadou Hayatou, ex-délégué du gouvernement, Alim Hayatou, secrétaire d’État à la Santé publique, par ailleurs lamido de Garoua, tous fils de Hayatou. Dans les rangs du parti au pouvoir, on a également Sadou Hayatou comme membre du comité central, Youssoufa Dawa, le président de la section Rdpc de Garoua 1er, neveu de la famille Hayatou, Karim Hayatou, petit-fils de la famille Hayatou, par ailleurs beau-fils du lamido Alim Hayatou. Pierrette Hayatou, épouse de l’ancien premier ministre. Mohamadou Maïdadou Sadou alias Mayangoua, secrétaire du lamidat de Garoua et beau-fils du lamido Alim Hayatou, chef régional de la Cde à Garoua, tous membres du comité central. Dans les mairies on y trouve Youssoufa Dawa, actuel maire de Garoua 1er, Yaya Babba Lamou, ex-maire de la commune rurale de Garoua, petit-fils de la famille Hayatou. À l’Assemblée nationale, la famille Hayatou s’y est également retrouvée. Youssoufa Dawa fut député avant d’occuper les fonctions de maire de Garoua 1er, Sali Abdouraman fut également député et milite actuellement dans l’Undp, lui aussi petit-fils de la famille Hayatou.

Même dans les mosquées, l’ombre de la famille Hayatou plane. Alhadji Badjika alias Taanirao, iman de la grande mosquée de Garoua, est également un petit-fils de la famille Hayatou. Le tribunal coutumier de Garoua n’échappe pas à la règle. Yerima Yaya Abdoulaye, cheville ouvrière de la cour, est également un petit-fils de la famille Hayatou. Certains lawanes de la cour sont à la fois petit-fils et arrières petit-fils de la famille Hayatou. Il s’agit par exemple de : Mamoudou Bounou Bello, lawanat de Foulberé II, Yacoubou Alhadji Hamidou, lawanat de Haoussaré, Djoubairou alias Djourlâmou, lawanat de Laïndé, Chehou Ibrahima Abbo, lawanat de Ngalbidjé. Tous ces lawanes sont des petits-fils de la famille Hayatou. Il faut ajouter comme arrières petit-fils Hayatou Hamadou Abdoulaye, lawanat de Guébaké et Abbo Lawan Sadjo, lawanat de Wouro Yerima. Cette liste n’est pas exhaustive. Mamouda Ali, député Rdpc, l’est grâce au coup de force de Marafa. Il fait partie de ceux qui ont fait rompre la chaine de la suprématie de la famille Hayatou un tant soit peu.

Diktat

Avec le départ de Marafa, la population de Garoua notamment les militants du Rdpc craint de boire continuellement la tasse de la famille Hayatou. Ces derniers arguent que la hiérarchie du parti gagnerait à récompenser ceux qui mouillent véritablement le maillot, en lieu et place de ceux qui entrent par effraction comme le lamido Alim Hayatou, ancien militant de l’Undp puis de l’Andp. À titre de rappel, c’est sous la casquette de l’Andp qu’il est entré au gouvernement avant de rejoindre les rangs du Rdpc. D’autres vont plus loin et font croire que sa qualité de chef traditionnel ne favoriserait pas le brassage indispensable dont a besoin le parti des Flammes dans la région. « Qui pourrait entrer chez le lamido pour aller célébrer la victoire du Rdpc sans se plier aux exigences de la chefferie traditionnelle ? », se demande un militant frustré. Beaucoup ne lui pardonnent pas d’avoir célébré aussi bien à Garoua qu’à Yaoundé, la déchéance de l’ex-Minatd sur qui tous les espoirs étaient focalisés.

D’autres ne comprennent pas pourquoi le président du Rdpc a ordonné l’arrestation Marafa, seul contrepoids à la famille Hayatou qui selon eux, s’est illustrée par le passé par l’égoïsme. « Tout pour eux, rien pour les autres ». Les militants du Rdpc s’offusquent aussi que la liste des dernières entrées au comité central comporte 4 membres sur 5 issus de la famille Hayatou. Il s’agit de Karim Hayatou, Pierrette Sadou Hayatou, Youssoufa Dawa, Mohamadou Maïdadi Sadou. « Même le cinquième Hamidou Maurice, a été imposé pour faire un contrepoids à Marafa », expliquent-ils. Marafa, d’après nos sources, avait pendant 20 ans, une oreille attentive à leurs doléances. Comment le Sg va comprendre que ça ne va pas dans le Rdpc à Garoua, si nous sommes ici dehors ? », s’était demandée Aïssatou Baba Gourine, lors de la visite de Jean Kueté.

« Nous voulons la libération de Marafa, sinon le Rdpc est fini à Garoua. Nous aimions le Rdpc grâce à Marafa et depuis qu’il a été jeté en prison, ce parti n’est plus dans notre cœur. Nous ne sommes pas du tout contents », avait déclaré Youssouf Sali, jeune militant, à la presse. Beaucoup sont décidés aujourd’hui à laisser la famille Hayatou diriger seule le bateau pour aller voir ailleurs. En dehors de Marafa, Mme Haman Adama faisait également un contrepoids à la famille Hayatou. Elle aussi a été arrêtée. « À présent que ces personnalités de forte influence ne sont plus là, le diktat des Hayatou va s’intensifier », affirment certains militants ayant requis l’anonymat, afin d’éviter de provoquer le courroux de la famille Hayatou sur eux. Une situation qui peut profiter à l’Undp de Bello Bouba Maïgari, à l’Add de Garga Haman Adji ou encore au Fsnc d’Issa Tchiroma Bakary.

TMA

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Une Réponse

  1. Que de pb dans ce pays! Maintenant les Hayatou, en fait depuis là, les hayatou, et les autres vont sortir la tête hors de l’eau qd????????????????, Biya organise tou ça, comme ça »" »" »" »" »

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