Inondation à Lagdo : Des centaines de familles sans abris

Plus de 500 familles sinistrées évacuées et des dizaines de milliers d’hectares de cultures dévastées.

Par Telesphore Mbondo Awono

Habsatou, une sinistré de Lagdo

« J’ai passé quatre jours sans manger non pas parce qu’il n’y avait pas à manger, mais parce qu’il n’y avait pas la possibilité de préparer. Où allions-nous préparer ? Dans l’eau, certainement pas. Car, l’eau a envahi notre maison ». C’est avec amertume que Mme Habsatou, mère de 8 enfants, raconte son calvaire. Elle vient à peine d’être évacuée dans une pirogue de fortune. Désemparée, elle ne sait où aller. C’est maintenant qu’elle apprend qu’une alerte avait été donnée et que le sous-préfet et le maire de Lagdo avaient demandé à la population d’évacuer les lieux. Trop tard, elle a tout perdu. Ses champs de maïs, de mil et de riz sont engloutis. Sa maison a été emportée par la furie des eaux. Elle n’est pas seule dans cette alarmante situation, Ousseini Ibrahima du village Djoulol-Bocki, Guigama Alontoing du village Napanla, père de 7 enfants, Djonwang Toklom Bernard, Tonwe Raphael, Kolyang Yambé…, tous ont perdu des hectares de de cultures de maïs, de mil et de riz.

« Je suis fini. Que vais-je faire avec 7 enfants ? Il y a un qui est admis en seconde cette année, trois vont à l’école primaire. Que vais-je faire, car ces cultures étaient tout pour moi », se demande Guigama Alontoing, logé avec d’autres familles, à l’école publique groupe II de Lagdo où les autorités les ont provisoirement casés. Tous regardent à présent en direction du gouvernement camerounais qu’ils appellent à la rescousse. « La Bénoué et les eaux du barrage nous ont mis à genoux, qu’allons-nous manger? », se demande Ousseini Ibrahima, touché par ce qui lui arrive. Si une bonne partie des sinistrés a trouvé refuge chez un frère ou un ami au centre-ville de Lagdo, ce n’est pas le cas de nombreuses autres. Elles sont parquées à l’école publique groupe II de Lagdo. Les pluies diluviennes qui se sont abattues au Nord et l’Extrême-Nord en sont les causes de ces inondations. Face à la montée des eaux au barrage, craignant un débordement, les responsables de la centrale électrique saisissent le gouverneur. Ils craignent l’endommagement de la centrale de production d’énergie électrique. Le gouverneur Joseph Otto Wilson ordonne l’ouverture d’une vanne de la retenue d’eau.

Désastres

Pas du tout ou mal informés, les habitants des villages Djoulol-Bocki, Napanla, Riao Ouro-Doukouge situés le long de la rive gauche et droite de la Bénoué, en aval du barrage, vont être pris au piège. Le violent flux d’eau libéré va tout emporter sur son passage. Les dégâts sont importants, une calamité pour les sinistrés qui appellent à l’aide. Des dégâts évalués à centaines de millions. Plus de 200 familles sinistrées selon les autorités administratives, largement au dessus selon d’autres sources. Les habitations sont englouties et les cultures saccagées. Les voies d’accès à certains villages sont coupées et les évacuations se font sur des pirogues. Or, malgré l’ouverture de cette digue dans l’optique de baisser la montée des eaux au niveau du barrage, la menace reste permanente à cause des pluies qui n’arrêtent pas de tomber. L’eau ne baisse pas, bien au contraire, elle menace de déborder. Une calamité qui oblige les autorités à vouloir ouvrir une seconde digue. Celle-ci se trouve à l’entrée de la ville de Lagdo notamment à Ouro-Kessoum. Sur instruction du gouverneur et du préfet de la Bénoué, les habitants de ce quartier ont été priés de déménager. Sauf qu’au moment où votre reporter est sur les lieux, personne n’avait encore pris le soin de déménager.

Les habitants des zones irriguées de Lagdo s’étonnent de la pluviométrie de cette année. « Ce n’est qu’en 1999, au mois de septembre, que nous avions vécu pareille situation avec l’ouverture de la vanne ainsi que des fortes pluies », explique Guigama Alontoing. Il explique que les fortes pluies avaient trouvé les cultures à l’état mature. Une fois les eaux parties, les populations s’étaient mises à récolter. Cette année, c’est l’inverse. L’ouverture de la vanne du barrage et les fortes pluies qui s’abattent dans la région ont trouvé que les cultures en pleine croissance. Déjà, des craintes de famine dans toute la région du Nord soulèvent des inquiétudes.  Le gouverneur de la région du Nord a tenue une autre réunion de crise le 25 août 2012.  « Un dispositif pour parer à la catastrophe a été mis progressivement en place. Au niveau de la digue on a atteint le niveau 1,4 m du sommet, le niveau 0,5 m est celui qui peut faire sauter la digue. Plusieurs entreprises et structures disposant d’engins lourds ont été déjà réquisitionnées », indique une source.

Réaction

« Les eaux ont englouti les habitations », Mama Abakaï, maire de Lagdo

Nous sommes attristés par ce qui arrive. L’eau a envahi les rives gauche et droite de la Bénoué.  Toute la population habitant ces zones ont été touchées par la furie des eaux qui a emporté presque tout sur son passage.  Le gouverneur, le préfet de la Bénoué, le lamido de Garoua sont venus nous rencontrer afin de prendre des mesures qui s’imposent. Plus de 200 familles ont déjà été évacuées. Une partie a trouvé refuge chez des parents ou amis. L’autre partie est actuellement logée à l’école primaire groupe II de Lagdo. Il y a plus de dégâts à Riao, Gounougo et Napanla. Les eaux ont englouti les habitations, dévasté des milliers d’hectares de cultures, les voies d’accès sont complètement coupées. Les évacuations se font sur des pirogues. Nous avons envoyé de nombreuses pirogues chercher les personnes qui s’y trouvent encore sur les sites sinistrés. J’ai aussi envoyé des bâches pour permettre à celles qui s’y trouvent encore de s’abriter. Le sous-préfet a fait passer des messages pour sensibiliser la population afin qu’elle puisse quitter les lieux envahis par les eaux. Celle qui occupe encore les zones à risque, d’évacuer avant que le pire n’arrive. Nous espérons que la montée des eaux va vite s’arrêter. Pour les populations sinistrées, nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens de bord »

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