Le député Djamara et le maire de Kar-Hay à couteaux tirés

Le maire de Kar-Hay souhaite la médiation du président de l’Assemblée Cavaye Yéguié Djibril.

Las de supporter les tumultes que provoque son député et conseiller municipal Djamara Loursantou, le maire Alphonse Waga de Kar-Hay a décidé d’écrire officiellement à CavayeYéguié Djibril, président de l’Assemblée nationale du Cameroun. Il évoque dans une correspondance datée du 1er octobre 2012 des actes scandaleux que l’honorable élu du grand Kar-Hay pose à son égard et à l’égard des autres élites. « D’abord, il a commencé par des actes scandaleux, provocant non seulement une agitation entre les élites extérieures et intérieures du Mayo-Danay Ouest (section Rdpc Ndlr), mais donne aussi une opportunité à l’opposition de s’épanouir, en arrachant publiquement le microphone à Son Excellence monsieur le ministre Adoum Garoua en plein meeting le 6 novembre 2008 à Kalfou, bien avant mon élection à la tête de la commune de Kar-Hay », écrit-il. Dans la même correspondance, le maire de Kar-Hay souligne que le Premier ministre a été saisi par le député Djamara Loursantou pour suspendre la construction de 20 boutiques subventionnées par le Fonds d’entraide intercommunale (Feicom) au marché de Doukoula.

Le premier ministre sert alors au maire une demande d’explication tout en menant des enquêtes qui aboutissent à la procédure de reprise des travaux. Sans désarmer outre mesure, le député Djamara Loursantou saisit le procureur en portant plainte. « Actuellement des plaintes sont déposées au parquet de Yagoua à mon égard, toujours pour des bobards. Imaginez, Le très honorable, ce qu’adviendra le visage du Rdpc pendant que (lui et moi) deux responsables de Kar-Hay, ceinturées du drapeau camerounais devant la barre pour des illusions, en cette période pré-électorale », écrit-il. Le 29 mars 2012, dix-sept conseillers signent collectivement une lettre de dénonciation dont l’objet précise des « malversations financières sous fond de détournement à la commune de Kar-Hay ». Au bout du compte, le maire Alphonse Waga est accusé d’une distraction de fonds d’un montant global de 92 898 838 Fcfa. En 2011, le député a failli capoter la fête du 20 mai à cause du marché de la réfection de la voirie urbaine pour un montant de 60 000 000 Fvfa remis à une autre entreprise. À l’époque, Pierre Djongka Kaossiri, 1er adjoint au maire, assurait l’intérim après le décès du maire titulaire Raphael Taïwé. Harcelé, le préfet du Mayo-Danay, Baba Ngamdji, organise en catastrophe des élections où Alphonse Waga qu’il croyait à sa solde est imposé à coup de menaces physiques et d’argent par celui avec qui il tombe en disgrâce aujourd’hui. Depuis quelques années l’entreprise Djamara Loursantou fait peur à tous les gestionnaires de crédit du Mayo-Danay quant aux réalisations des projets de développement. Il est constamment dénoncé par le comité départemental de suivi du budget d’investissement public (Bip) comme entrepreneur véreux, et n’inspire plus confiance aux maires désormais maîtres d’ouvrages délégués, furent-ils du même bord politique. Le député, courroucé, voit donc lui filer sous le nez deux marchés juteux : celui des 20 boutiques et celui de la construction de l’Hôtel de Ville d’un montant de 120 000 000 Fcfa remis à un entrepreneur basé à Yagoua.

Il écrit une pétition. La plupart des conseillers semblent avoir paraphé le document sans l’avoir lu. Lors de la séance de travail tenue par le préfet du Mayo-Danay, Baba Ngamdji, à la salle des délibérations de la commune de Kar-Hay le 11 avril 2012, les conseillers signataires de la pétition n’ont pas voulu assister.  Six seulement étaient présents sur dix-sept. La pétition signée par les conseillers précise, « l’achat d’une villa à Doukoula de (12 000 000 Fcfa) (…) L’achat d’une villa à Maroua et un champ de Karal pour un montant total de (15 000 000 Fcfa ». Face à cette accusation de détournement et de malversations, le maire Alphonse Waga déclare qu’il vient de vendre sa concession de Mora dans le Mayo-Sava où il a servi comme fonctionnaire. « Le lamido de Mora a même reçu des honoraires liés à cette vente », précise Alphonse Waga. Il a mis à profit les revenus de cette vente pour acheter une autre concession à Doukoula et réfectionner sa petite case d’une chambre dans son village natal à Houla. L’homme d’affaires aux 16 000 000 Fcfa de pot de vin en question, Daniel Ndofoun, s’adjuge le marché discuté. Il sera ensuite accusé de pratique de sorcellerie.

Tongba Houlna

 

« On m’a induit en erreur « , Benoît Rawé, Conseiller municipal de Kar-Hay

Que vous reprochez à votre maire actuel ?

Je n’ai pas signé en tant que tel ! On m’a trompé quelque part. Je participais à une prière, à un deuil. J’ai été appelé de côté par quelqu’un de sûr qui s’est dit envoyé par le député Djamara Loursantou pour que je signe un document permettant à la hiérarchie de nous créer un Ces entre le village Balané et mon village Dimguili, deux villages voisins. Pour moi, j’étais plutôt content, sans me soucier de tout ce qui se passe en dessous. Le développement social c’est bon. Raison pour laquelle on m’a induit en erreur. Je ne conteste pas cette signature pour le seul fait que je prie aujourd’hui qu’on nous crée ce Ces. Le maire actuel est un camarade. Il fait un bon travail. Il a même déjà réhabilité bon nombre de forages dans certains villages excepté Dimguil mon village. Mais, il lutte pour le développement de la commune de Kar-Hay. Je trouve en lui quelqu’un de dynamique, clair dans sa manière de gérer. Ceux qui mentent qu’il y a malversations financières, moi je n’y connais rien. Nous resterons de vrais collaborateurs. Lui-même reconnaît que beaucoup de ses conseillers ont été trompés. Il ne nous reste que quelques mois et nous croyons qu’on ne peut plus bloquer une situation au risque de créer des mésententes entre les frères alors qu’il est là pour le développement de la commune. Disons que c’est une commune comme les autres. Certains comportements sont anti-développement, mais on ne doit pas céder. Il faut tout simplement que les choses se passent dans les normes. Il faut respecter les aînés bien sûr, sans quoi nous ne pouvons rien faire tout seuls, sinon que se tirer inutilement dessus. Mais que ces aînés ne nous perturbent pas dans la gestion de notre commune qui ne demande qu’à aider les villages à se développer.

 

« Il m’a même menacé de mort « , Alphonse Waga, Maire de la commune de Kar-Hay.

Dix-sept conseillers sur 21 ont signé une pétition contre vous pour malversations financières et détournement. Qu’en dites-vous ?

Ce problème de pétition, je l’ai appris par la rumeur alors qu’il y a une copie qui m’est destinée. Ils y citent détournement, malversations financières et autre, mais quand j’essaie de regarder, je ne vois pas là où trouver l’erreur. C’est certainement des mensonges. Quand on parle d’achat de véhicule, de villa, etc. est-ce qu’ils peuvent présenter des certificats de vente ou bien des pièces justificatives ? Ce sont des purs mensonges. Depuis un certain temps, je fais des travaux dans des zones communautaires qui sont des travaux en dehors du plan de campagne, des travaux qui ne sont pas mentionnés dans le budget et que je réalise à partir de certaines lignes destinées soit au carburant, soit aux frais de déplacement, pour intervenir dans ces zones rurales. Comme je n’avais pas de véhicule, quand j’ai un peu de carburant, je répare les forages, j’interviens dans les établissements de l’Éducation de base. Quand on voit ces actions qui me rendent un peu populaire auprès des populations, certaines personnes prennent peur à l’exemple de mon ami qui m’a beaucoup supporté pendant la campagne, l’honorable Djamara Loursantou. Il a été à mes côtés et je lui en suis très reconnaissant. À un certain moment, il a commencé à prendre une jalousie terrible à mon égard à cause de ma présence quasi permanente dans les villages où les gens me félicitent. Il a peur que je ne sollicite peut-être sa place. Au lieu de venir vers moi parce que c’est notre groupe, il a plutôt décidé de me créer des situations difficiles. Il l’a dit et il m’a appelé plusieurs fois au téléphone pour me menacer, pour me gronder ; il m’a même menacé de mort et plusieurs fois il a envoyé des gens me dire que la guerre est ouverte, que la guerre est claire. Je prends particulièrement à témoin le directeur du développement du sport au ministère des Sports et de l’Éducation physique (Gustave SoguéYaouna Ndlr). Il a envoyé également le chef de zone David Zoulna de venir me dire que la guerre est ouverte. Ça, ce n’est pas bon ! Je n’ai jamais déclaré une guerre à mon prochain. Mon ami qui a postulé à des marchés publics comme soumissionnaire est conseiller municipal et son établissement est en son nom propre. La loi est claire dans ce sens et il ne peut pas avoir un marché ici. Il m’a demandé de fermer les yeux, car c’était toujours comme ça et je lui ai rétorqué que c’était des erreurs. Je ne suis plus obligé de continuer dans ce sens. Imaginez donc que pour un marché de 80 000 000 Fcfa on écrit qu’on m’a remis 16 000 000 Fcfa. Vous voyez vous-même que cet entrepreneur doit être bien malade ! J’ai besoin des réalisations concrètes, donc de quelqu’un qui va me faire le travail, vérifiable avec les ingénieurs de suivi.

Comment expliquez-vous que dix-sept conseillers vous accusent en signant tous ce document ?

Parmi les dix-sept conseillers, beaucoup sont presque illettrés. Beaucoup ont été induits en erreur. Il a désigné certains pour aller les tromper. Vous voyez, un des conseillers m’a dit qu’on voulait réaliser un forage chez lui et il faut qu’il signe. Un autre me parle d’un Ces à créer et ainsi de suite. C’est donc une manipulation de grande envergure des conseillers municipaux. Les conseillers présents lors de la séance de travail présidée par le préfet sont à 8 parmi lesquels six 6 signataires qui ont tous déclaré qu’on les a induits en erreur. Ils n’étaient pas d’accord avec le texte que le préfet a lu dans la salle et qu’ils découvraient pour la première fois, de même que certains qui n’étaient pas là. On leur a fait signer la fiche de présences sans présenter la vraie lettre. Parmi les dix-sept signataires, six seulement étaient dans la salle même pas la moitié de l’effectif.

Vous dites que c’est le député qui est l’initiateur de la lettre, pourtant il n’a pas signé ?

C’est un monsieur qui se croit malin ! Il n’a pas signé expressément ! Mais je connais ses paroles ! Ça, ce sont ses empreintes. Je suis resté avec lui pendant plus de quinze ans. J’ai vécu avec lui dans le tout et partout. Il a des copies qu’il est allé déposer à Yaoundé, partout dans les services administratifs, à la présidence comme il le dit. Qu’est-ce qu’il y a à aller à la présidence alors qu’il peut encore venir à côté du maire pour aplanir les difficultés s’il y en a. Est-ce que c’est Yaoundé qui viendra traiter toutes nos affaires de la commune ? Il est carrément méchant, c’est tout. Pour les conseillers qui ont signé par mégarde, je ne leur en veux pas du tout, qu’ils se rapprochent de leur maire. Seul le dialogue prime pour la recherche des voies et moyens de faire marcher notre commune jusqu’au bout en respectant les règles du parti et en respectant la loi pour que notre arrondissement aille vers un vrai développement.

Qu’est-ce qui vous oppose en réalité ?

Effectivement, il paraît qu’avant mon arrivée à la tête de la commune en juin 2011, il prenait tous les marchés et aucun n’allait ailleurs. Il gagnait tous les marchés et il ne les réalisait pas aussi. La preuve est ce camion-benne que vous voyez garé. Il a touché l’argent destiné à sa réparation trois années durant et j’ai décidé de ne plus y mettre un budget cette année. Un autre marché de sept millions pour achat de véhicule n’a jamais été réalisé. Il y a trop de trous dans les caisses de la commune dus aux affaires anciennes que j’ai honte de vous raconter. Tous ces trous, c’est lui qui les crée. C’est de la méchanceté sans pareille.

Propos recueillis par Tongba Houlna

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